J92 DE LA. BIENFAISANCE
pauvres contre les riches; de là aussi cette aversion des grands pour les malheureux^ dans lesquels ils ne virent plus que de la canaille , cette expression favorite de Voltaire, de Rousseau et de tous les philosophes. Repoussés des châteaux et des hôtels, des milliers d'individus greloûient dans la rue et souffraient tous les maux d'Ugolin ; à aucune époque , il n'en périt davantage de faim ; jamais il n'y eut plus de suicides.
n était impossible de nier ces faits. C'est alors que la Bienfaisance rappela cette maxime de La Rochefoucauld : a Ce qu'on nomme libéralité n'est le plus souvent que la vanité de donner , que nous aimons mieux que ce que nous donnons. » £lle s'ingénia à célébrer les prix, les pensions , les souscriptions» les fondations; elle étala avec ostentation ses registres, ses comptes-rendus; elle fit l'éloge de tous ses adeptes. Aucune bonne action n'échappa à ses recherches; prose et vers, les philosophes employaient tout pour qu'aucune aumône n'échappât à l'oubli. C'est pourquoi Linguet s'écriait (page 425 du tome m de ses Annales) : a Ces Messieurs ont un autre Evangile que celui des chrétiens. Le leur dit : Quand vous faites un petit bien^ prenez des trompettes pour l'annoncer. »
La célébrité étant devenue la fin de la Bienfaisance , reste à savoir si les malheureux n'ont pas eu occasion de regretter tous les siècles où avait régné la Charité.
Quels sont donc les personnages dont la Bienfaisance a été le sujet des éloges de tous les philosophes? Voyons si leurs Ubéralités étaient |)roportionnées à leur fortune.
Raynal affecta de laisser des marques de sa munificence dans les villes où il passait. A Lausanne, il fonda trois prix pour trois vieillards pauvres et infirmes. A Lyon, il établit un prix de six cents francs, et un autre de douze cents, dont devait disposer l'Académie, qui l'avait l'eçu dans son sein. Il donna à l'assemblée provinciale de la Haute-Guienne une rente perpétuelle de douze cents livres à distribuer ^itre les cultivateui*s et les propi*iétaires qui auraient le mieux exploité leurs terres. 11 dota l'Académie française, TAcadémie des inscriptions et belles -lettres et l'Académie des sciences, chacune d'une rente perpétuelle de douze cents livres destinée à encourager les écrivains distingués. Il remit une autre rente de la même somme à la Société d'agriculture de Paris, pour envoyer de bons modèles d'instruments de labourage dans tous les départements. A Saint-Geniez il assura des bouillons et des médicaments pour les indigents (i). Pour apprécier ces prix et ces fondations , rappelons-nous que Raynal n'était qu'un escroc , un simoniaque.
(I) Biographie univeritlie, art. Baynal^