‹ Ménage et finances de Voltaire [microform]Chapitre 15 sur 55 · CHEZ M™« DU CHASTELET · texte numérisé non relu

CHEZ M™« DU CHASTELET

un grand piédestal, sur lequel est un Amour qui lance une flèche : on fait une niche sculptée à cet Amour, qui cachera l'apparence du fourneau. La galerie est boisée et vernie en petit jaune. Des pendules, des tables, des bureaux, rien n'y manque. Au delà est la chambre obscure, qui n'est pas encore finie, non plus que celle où il mettra ses machines : c'est pour cela qu elles sont encore* toutes dans la galerie. Il n'y a qu'un seul sopha et point de fauteuils commodes, c'est-à-dire que le petit nombre de ceux qui s'y trouvent sont bons, mais ce ne sont que des fauteuils garnis. Les panneaux des lambris sont des papiers des Indes fort beaux; les paravents sont de même; il y a des tables à écran, des porcelaines, enfin tout est d'un goût extrêmement recherché. Il y a une porte au milieu qui donne dans le jardin; le dehors de la porte est une grotte fort jolie. » Tout l'art imaginable avait été employé à séduire Voltaire (1). On lui improvisa jusqu'à un joli théâtre. Le fond de la salle était une loge peinte, garnie comme un sopha, ainsi que le bord sur lequel on s'appuyait. Les décorations étaient en colonnades avec des orangers entre les colonnes. Comme il était impossible d'avoir des acteurs, on engageait lous les étrangers, qui arrivaient, à jouer la comédie; on donnait même des rôles aux laquais de la maison, de sorte qu'il ne restait quelquefois plus de spectateur, tous les gens du château déclamant sur la scène, ou attendant dans les coulisses le moment de parler à leur tour (-2). Il fallut un malheur imprévu pour

(Il Pièces inédites de Voltaire, p. 289.

i-y, llndcm. — M™« (le Gralligny, p. 97. — Longchamp, p. Hâ.

interrompre le cours de ces travaux, de ces exercices, de ces conversations, de ces festins, de ces joies.

M'"* du Chastelet mourut dans le mois de septembre 1749. Jusque-là elle avait presque toujours cohabité avec Voltaire. Ils se rendaient ensemble à Lunéville, chez le roi Stanislas, et à Sceaux ils étaient hébergés dans le palais de la duchesse du Maine. A Fontainebleau, ils avaient un pied-à-terre chez le duc de Richelieu ; à Paris, ils occupaient le même hôtel, et dînaient dans les mêmes sociétés. Mais partout ils avaient l'habitude de prendre leur café le matin entre onze heures et midi; quant au souper, il consistait en quelques plats, et en bouteilles de vin ordinaire, même les jours de réception à Paris comme à Cirey, dit Longchamp (p. 121). Il resta toujours à la charge de la marquise. Par conséquent Voltaire n'eut jamais besoin d'un nombreux domestique. Des laquais pour arranger sa perruque, allumer son feu, faire ses commissions suffisaient à son faste; il avait soin d'en prendre qui sussent écrire, afin qu'ils pussent lui servir de copistes et de secrétaires. A cette époque, il possédait Céran, espèce d'homme de lettres qui lui lisait Virgile et Horace le soir, sans trop les entendre, et qui copiait très mal les vers. Dès le 22 mars 1733, il mandait à Gideville qu'il désirait trouver un autre amanuensis] pourtant il n'osa pas renvoyer un bon garçon, qui lui déchiffrait couramment du latin, et qui avait Thonneur d'être parent du poète Rousseau. Ce Céran, mandait Voltaire à Cideville, dans le mois de décembre 1734, mettait, pour une période de vingt-six mille ans.

Six cents siècles enlicrs par delà vingt mille ans,

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