VOLTAIRE A MONRION ET A LAUSANNE
meubler (i) ; on espéra la transformer en palais dliiver pour le mois de novembre (2) ; mais on conserva le théâtre à Mon-Repos. Le 20 décembre. Voltaire habitait sa nouvelle propriété ; il ne cessa d'en vanter la position. Le o janvier suivant, il écrivait à Thieriot : « On n'a point une plus belle vue à Constantinople, et on n'y est pas si bien logé. » Trois jours après, il disait à Darget : « Il n'y a point de plus bel aspect dans le monde que celui de ma maison de Lausanne. Figurezvous quinze croisées de face en cintre, un canal de douze grandes lieues de long que l'œil enfile d'un côté, et un autre de quatre à cinq lieues, une terrasse qui domine sur cent jardins, ce même lac qui présente un vaste miroir au bout de ces jardins, les campagnes de la Savoie au delà du lac, environnées des Alpes qui s'élèvent jusqu'au ciel en amphithéâtre ; enfin, une maison où je ne suis incommodé que des mouches au milieu des plus rigoureux hivers. M""' Denis l'a ornée avec le goût d'une Parisienne. Nous y faisons beaucoup meilleure chère que Pyrrhus. » Aux festins, ajoutez les plaisirs de la comédie, les distractions de brillantes soirées, et vous connaîtrez les agréments que le philosophe daigna se procurer à Lausanne pendant la saison des neiges en 1758. Ce n'est qu*au mois de mars qu'il interrompt le cours de ces douces habitudes.
Nous avons vu qu'à l'approche du printemps, Voltaire quitta deux années Monrion ; cette fois il s'agit de
(Il Lettres à M™* de Fontaine, du mois de juin, et à Bertrand, du 12 septembre 1757. (;*) Ibidem.
218 VOLTAIRK AUX DÉLICES.
la maison mérae de la rue du Chêne à Lausanne. Où vat-il donc se fixer? H jouissait à Lausanne de tous les agréments de la ville et de la campagne. Mais ce n'était pour lui qu'un palais d'hiver que cette résidence enchantée dont il nous a fait la description.
Profitons des premières matinées de la belle saison pour nous rendre avec lui à son palais d'été, et y cueillir les tleurs les plus odoriférantes de son parterre.
Vin. — Yoliaive aux Délices.
Voltaire revenait toujours avec un nouveau plaisir à sa résidence d'été. C'était l'objet de ses plus chères complaisances. Dès le 31 janvier H 55, il écrivait à M. de Brenles : « La maison qu'on me vend est d'un grand tiers au-dessus de sa valeur au moins ; mais elle est charmante, mais elle est toute meublée, mais les jardins sont délicieux, mais il n'y manque rien, et il faut savoir payer cher son plaisir et sa convenance. Le marché ne sera conclu et signé par-devant notaire que quand toutes les difficultés résultant des lois du pays auront été parfaitement levées. Le conseil d'État de Genève donne toutes les facilités qu'il peut donner, mais il faut encore bien d'autres formalités pour assurer la pleine possession d'une acquisition de 90,000 livres. Les paroles sont données entre le vendeur et moi. J'ai promis les 90,000 livres à conditioji qu'on se chargera de tous les frais, et de m'établir dans toutes les sûretés possibles. » Ce domaine était sans