‹ Ménage et finances de Voltaire [microform]Chapitre 4 sur 55 · IV. — État des revenus de Vfd taire en · texte numérisé non relu

IV. — État des revenus de Vfd taire en

Autant Voltaire aimait à révéler et à grossir les sommes qu'il perdait, autant il craignait qu'on ne connût celles qu'il touchait. De là son attention à ne confier ses affaires qu'à des hommes discrets.

Il avait eu pour notaire M" Perret. Mais comme Perref, disait-il, le Gmars I13IK àMoussinot, était indiscret, il fallut le remplacer. Voltaire avait besoin d'un homme intelligent, actif et probe. Demoulin avait perdu sa confiance par ses mauvaises affaires. Alors Voltaire jeta !♦ s yeux sur l'abbé Moussinot, qu'il connaissait depuis l'année 11:27, du moins si l'on s'en rapporte à la lettre qu'il écrivit le "2 février 17:27 à Tliieriot. Aussi, le 6 mars 1731], lui mande-t-il : «Je voudrais sous le dernier secret avoir quehjue argent comptant chez un notaire discret et fidèle, qu'il pût placer dans l'occasion pour un temps et que je pusse trouver sur-le-champ en un besoin. >''avez-vous point quelque notaire à qui vous pussiez vous confier? il faudrait, je crois, que le tout fût sous votre nom ; vous me donnerez seulement un mot de reconnaissance sous seing privé; le dépôt

sera petit à petit d'environ oO,000 francs d'un à deux ans, et peut-être davantage. » Et le !21 du même mois : « Mon cher abbé, j'aime mieux mille fois votre coffrefort que celui d'un notaire. Il n'y a personne à qui je [^ me fiasse dans le monde autant qu'à vous. Vous êtes aussi intelligent que vertueux. Voyez donc si vous voulez vous charger de l'argent d'un indévot. Vous aurez une bonne clef du coffre bien fermé ; vous aurez un petit registre à part. Vous serez mon surintendant en quelque endroit que je sois. Tout sera dans le plus profond secret. » Et le 18 mars 1737 : « J'ai de fortes raisons [lour vous réitérer encore la prière de ne parler de mes affaires à personne. » Et le o juin suivant : « Je vous demande toujours un profond secret sur mes alTaires. » Et le 14 auguste 1740 : « Je vous prie de garder un profond secret sur tout ce que vous avez à moi et sur mes affaires. » Enfin le 8 janvier 1741 : e Je vous renuTcie toujours du secret inviolable que vous gardez avec tout le monde, sans exception, sur mes petites affaires. » Moussinot ayant un jour laissé lire une lettre d'affaires à une parente de Voltaire, celui-ci lui dit, le 2o mars 1730 : « Ne montrez point mes lettres, c'est secret de confession. » Plus tard, M. Dupont, avocat de Golmar, a\ant été chargé par Voltaire de l'aire signer une obligation de 200,000 francs au duc de Wurtemberg, Voltaire le pria instamment, le 2o septembre 1704, de ne parler à personne de cette commis- >^ion. C'(^st sans doute pour être plus sûr qu'on lui garderait ce secret qu'il souhaitait, que Voltaire confia l'administration de sa fortune à des notaires de Paris. M*" Delaleu et son successeur, M'' Dutertre, durent tou-

92 ÉTAT Di:S REVENUS

cher toutes ses rentes à Paris. Voltaire leur adressa sans doute un grand nombre de lettres; il ne reste rien d<> cette correspondance si intéressante pour l'historien.

Grâce à tous ces hommes discrets qui, depuis 1130 jusqu'en 1718, gardèrent un secret profond sur Tétat de sa fortune, Voltaire est parvenu à cacher Tctat exact de ses revenus à tous les curieux.

Cependant quelques personnes ont pu connaître, à certaines époques, les rentes dont il jouissait. Profitons de leurs confidences.

Dans son Mémoire de 1736, Jore certifie ([ue Voltaire avait déjà ^28,000 livres de rentes.

Le 26 décembre 1139, Voltaire disait à Moussinot : « Est boniim d'avoir 3,000 livres de rentes de plus. » Cependant il avait doté ses deux nièces, il avait fait de prodigieuses dépenses à Cirey, et il avait perdu plus âO,000 francs avec Demoulin. 11 touchait alors des rescriptions de 1,000, de 2,000 et même de 4,000 Uvres; il avait des billets de loterie, des actions, des capitaux chez Michel, des fonds chez de grands seigneurs, outre ce qu'il réservait pour le commerce des tableaux. Mais aucune de ses lettres ne nous indique l'état exact de ses revenus, de sorte que nous arrivons jusqu'en lloO sans avoir quelque document authentique sur ce sujet.

Longchamp (p. 333), qui entra à son service, en 1145, nous dit : « Je le trouvai, en arrivant chez lui, jouissant déjà d'une très grande opulence. C'est de quoi je pus alors me convaincre d'une manière positive; et le lecteur en jugera de même parle bordereau qu'il me donna pour recevoir ce qui lui restait dû de ses revenus échus dans Tannée 1149, et les trois premiers mois de lloO,

que je vais transcrire. II faut observer que les sommes qui s'y trouvent reprises composaient le reste de ce qui restait à recevoir de ses débiteurs pour intérêts échus dans l'année 1149 et le commencement de 1150; et qu'il avait déjà toucli3 par lui-même divers autres articles qu'il ne porla point sur sa note. Cette note écrite de sa main fut jointe aux titres et rendue avec eux à son notaire ; c'est la copie que j'en avais faite que j'ai retrouvée : la voici, avec l'indication que j'y ai ajoutée dans le haut de la page :

« État des rentes^ pensions et revenus de M. de Votiaire, quej'ai élé recevoir sur ses quittances et mandats, et pour la plus grande partie échus pendant l'année 1149 :

Les contrats sur la ville 14,023 1.

Conlral sur M. le duc de Richelieu 4,000

— sur M. le duc de Bouillon 3,250

Pension do M. le duc d'Orléans 1,200

Conlral sur M. le duc d ; Villars 2,100

— sur M. le marquis de Lezoau 2,300

2" conlral sur M. le corn le d'Estaing 2,000

Celui sur M. le prince de Guise 2,500

— sur M. le président d'Auneuil 2,000

— sur M. Fontaine 2,000

— sur M. Marchand 2,400

— sur la Compngnie des Indes 605

Appointements d'historiographe de France 2,000

— de gentilhomme de la chambre 1,620

Contrat sur M. le comle de Goesbrianl 540

— sur M. de Bourdcillc 1,000

Loterie royale 2,000

2» contrai sur M. Marchand 1,000

Contrai sur les 2 s. pour livres 9,900

Vivres de l'armée de Flandre. 17,000

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« Tout ce que possédait M. de Voltaire n'était pas compris dans cet état; on peut en inférer que tous les objets de sa fortune réunis ne lui rapportaient pas moins de 80,000 livres par an, et cela dut encore beaucoup s'au"-menter dans la suite. »

Remarquons que, le 8 mai de cette année 1750, Voltaire disait au roi de Prusse : « Je suis riche, et même très riche pour un homme de lettres. » En effet il passait déjà dans tout Paris, au dire de Collé (t. I, p. 357), pour jouir de 80,000 livres de rente. On peut admettre ce calcul, puisqu'il concorde avec celui de Longchamp.

Il se peut que, sur ces rentes remises à Longchamp, il y ait eu des arrérages de payés, mais comme sur son état on ne voit pas figurer la maison de Cadix, où Voltaire avait placé des fonds considérables, on peut conclure avec lui que son maître avait au moins 80,000 livres de rente.

Nous remarquons que toute cette fortune était placée par des contrats sur des seigneurs illustres. Comme Voltaire en Prusse, ainsi que nous le savons, avait au moins 1,000,000 en portefeuille, il est permis de croire (jue Longchamp ne se trompait pas beaucoup. Les biographes nous ont appris Tusage que fit Voltaire des sommes considérables qu'il rapporta de Berlin.

Le 12 mars 1754, Voltaire avouait avoir placé une partie de son bien k Cadix, à Leipzig, en Hollande, et dans les domaines du duc de Wurtemberir.

Nous verrons aussi plus tard à quel prix et à quelle condition il devint propriétaire à Lausanne, aux Délices, à Tourney et à Ferney. Ces domaines lui coûtèrent peu et n'augmentèrent pas beaucoup ses revenus. Le M dé-

cembre 1758, il dit à Thieriot que les Délices, Tourney et Ferney ne rapportaient qu'un peu plus de 10,000 livres de rente; et, le 5 novembre 1759, il mandait à M^^^ de Fontaine que Ferney allait lui procurer chaque année de 7 à 8,000 livres.

Nous verrons aussi plus tard ce qu il retirait des maisons qu'il fît construire à Ferney.

Presque toute sa fortune continua à être mobilière. Il n'y perdit pas.

Le 10 novembre 1701, le président de Brosse disait à M. de Fargès que Ximenez lui avait appris que Voltaire avait 100,000 livres dé rente. En mars 17G5, Grimm assurait, dans sa Correspondance littéraire, que Voltaire jouissaitdéjà de plus de 100,000 livres de rente, lorsqu'il alla s'établir près de Genève.

Le 27 mars 1759, Voltaire mandait au roi de Prusse qu'il avait en France (30,000 livres de rente; et, le 30 janvier 17G1, il disait à d'Argental qu'il en avait 45,000 dans les pays étrangers.

Dans le mois d'avril 1768, Collé apprit de Delaleu que Voltaire avait 120,000 livres de rente, et 600,000 livres en portefeuille.

Dans son Commentaire historique, et dans ses lettres, du a mars 1770, à Tabareau et du 20 avril 1770, du 20 juillet 1771 et 12 février 1772, au duc de Bichelieu, Voltaire se plaint de ce qu'au moment où le contrôleur général Terrai avait fait rendre un édit portant suspension du payement des rescriptions, on lui a saisi 200,000 livres qu'il avait déposées chez Magon, banquier du roi, par l'intermédiaire de de La Borde. Aussi, dans le mois de novembre 1772, s'adres'^a-t-il à

''i ft

^^jàuwsjiJjîL».'

Terrai lui-môme pour obtenir le payement de ce qui lui c;ait dû.

A combien s'élevèrent depuis tous ces revenus? A 130,000 livres, d'après la Correspondance littéraire de La Harpe (t. I, p. Gl), à 140,000, au dire de Duvernet (p. :2i9), à 150,000 suivant les Mémoires de Baeliaiimont, du ±2 décembre Ini, dont Lucliet (t. Il, p. 185) a transcrit le texte sans le contredire; Wagnière (p. ai) les porte à 160,000 livres, et J.-L. Mallet(l)à 200,000. Gondorcet a trouvé cette question trop indigne de son génie.

Des 130,000 livres de La Harpe aux 200,000 de Mallet, la différence est grande. Heureusement Voltaire va nous tirer d'embarras.

€ Il ne s'agit que d'avoir un petit Livret de 2 sols dont on fait un journal ; ce n'est pas là assurément une affaire de finance, » mandait Voltaire, le 2 i décembre 1160, à Damilaville. Telle est la nature du Livret connu au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale, sous le titre d'État des biens de Voltaire écrit de sa main; sa hauteur est de dix-huit centimètres, et sa largeur de douze seulement; quoique composé de quarante-huit feuilles, il y a soixante-treize pages vierges de toute écriture ; papier ordinaire, tranche jaune; rien ne ressemble plus à ces cahiers de ménage qui se vendent deux sous encore aujourd'hui. Grâce à la plume de Voltaire, son Livret a été acheté 500 francs par le gouvernement, en 18 il, et la Nouvelle Revue EncifclopédiquCy comme nous l'avons vu, s'est empressée d'en

(I) Œuvres de Voltaire, édil. Dupont, t. I, p. 559.

If

rendre compte. Dans le mois de février 1136, Voltaire disait à Berger : « Je suis un homme d'ordre, quoique poète. » Dans son Livret, aucun détail ne lui échappe; témoin celui-ci : « Ghangé avec îa fille Wagnière, auguste 1111, 169 livres savon, 155 livres casson, et ii livres huile qu'elle m'a payés en argent et en sucre en pain. » Ges mots sont tracés avec tant de netteté que je ne conçois pas comment la Nouvelle Revue Encyclopédique a lu savoir au lieu de savon, et sucre et pain au lieu de sucre en pain. Pareillement je reprocherai à l'éditeur Dupont d'avoir porté les revenus de Ferney à 35,000 livres. Voltaire a donné trois traits de plume sur le 3 et a posé un 1 à la droite du 3 biffé, ce qui offre le nombre de 15,000 et non celui de 35,000. Gette erreur en occasionna une autre. Dans sa première addition, Voltaire avait trouvé 191,500; mais il surchargea ensuite le 9 et le 1, et compta au total 118,500. L'éditeur Dupont offre celui de 198,500; ce n'est pas la seule inexactitude qu*il ait commise en reproduisant ce document.

Hâtons-nous donc de le copier fidèlement :

ÉTAT AU MOIS DE JUILLET ITiO.

Rentes,

Sur l'hôtel de ville u 023 |

Compaguie dos Indes 1/^568

Succession Guise 2 500

Maréchal de Richelieu 4,'ooo

Duc d'Orléans , i jqo

M. du Tartre ^\qqq

Duc de Bouillon 3 25Q

Marchand, fermier général q 50O

Héritiers Villars 2 100

Lf?7paa de Roaen 2,3001.

Df'tain Maulevrier 2,000

A Sainl-Troiio/, Ml c'N^iun G'»esl)riuiil '>'»0

Contrat clioz moi, ([iiit.laiio«- en mai 1""0 à M. Andibert

sur >I. (rAuircuil Fréinoiit, ci-(lcvaiit présidenl. . . . 2,000

Banqueroute llcrnanl, siiniitcndanl île la reine, niailre

(lus i(MiU''tes, oiiviion "^^'^

M. (!•' Noiii!!y a l)ij'-n, renie foacirre; le entrai est chez

moi, il oL dn l-î mars 1,''00

Sur remprimt des 1(»0 millions, conlraLs chez lUulos, notaire, les numéros chez moi, rente pcrpéliielle et cmi-

men;able *-'*^^^'

Tous CCS oiitrats en France, excepté N-Miilly cl Sainl-Tropez, sont.

n Paris, chez M. Delalcu, et à présent chez M. Daily, chez .M. Dii-

lerire.

Eu réduisant celte somme â caiiso des vingtièmes et

autres frais à 70;000 l.

Duc .le Wurleraberg ■ . . . . «ri.'ioi»

Électeur palaliu l.!,U<>i>

Fcrney el environs 1>,<>()0

Notaire Dnclos 12,O0iJ

Sherer et Vcrgnc 4,8.J0

Baumt . . ^'-i<>0

A recouvrer du duc de Wurtemberg' "0,000

Cauddule l'^O'X»

Sur .[tioi il faut payer :

A mes neveux 3,600 1.

Pour les dépenses, par an 40,000

Au curé SOC

En aumôucs iiOi^'^

io/iOO

Payé par acie devant notaire au sieur Gcran . . . 12,000 l. Pour son théâtre à lui-même, à ses deux charpentiers Landri el Mange 1,081

!•' juin sur Sherer 2,000

Lcpine par conlrat 1,000

Par billit 500 1.

Florian, pour sohlc jusqu'au 24 mai 1775, la somme

de "îll

Doit en avril 1770 4,121

Pour la maison, du ±i nrii 2,000

Ft au mois de juilh-l 2,000

Dupnis, Voir la date jiour les 12,000 aux<picls je me

suis restreint 1,000

Neuilly, par (luichard, noiairc à M<draii, roule de

Chàlons ancien contrat du mois de mars). . . . 1,000

Corbot, en mars 2,000

Duursel à réformer 330

hieu en juillet 000

Valenlin, pour \r i'on.ls de :iS,oOO livres remboursable

en 1777 1,120

Pour sa maison, du 14 novembre, voir lods et ventes. 700

Mauzicr, 20 juillet, maititenanl Valenlin 80

Tnlla, 0 décembre 144

/ Paranii 114

Iv^ grand cointimn au î ,, . , . ,.,

, , , < Bariole 114

bas de la paore. ) „ •

'■ ^ [ Uacme li;8

Gabar, il y aura des rentes environ 800

Perachon, à la lin de juillet, à revoir 2,313

Serret et Dufour, maisons 1,3(X»

Kt pour un fonds remboursable en 1777, qui est

de 33,333 1,600

S.rvant pour maison, février 730

Plus, pour un fonds de 6,000 livns 240

Auzière doit 2,000 livres de fonds 120

Itellovue Renaud 238

Dallol 78

Hu-ruenou, tailleur 84

Odiot, abergement 170

G. Geret 60

Ouhic 72

Granil commun . 396

Tanneur Brun, abergement 230 1. 10 s.

Pur obliijaiiun à Wagnière 60

Le Thuilier, abergement 108

Saint-Germain, Pingeou-Cliabol demande cette mai- Sun eu abergement 72

Jordanet 123 I.

Louiset, ca février. ... liO

Luxembourg, jiiillel 20G

Jaquot, aberirement 80

Obligation 30

Abcrgement île Jean Malcomusus eu souffrance. . . iC2

Auzière, sur sa maison, 3 janvier 600

Fillon, maison Thibaut, incertain 600

D'AIcizet, environ 800

Vrai 600

Bourne 636

Auzièrc, sa maison 700

Giron * 550

Sainl-Géran 1,640

Rocher 630

Ravinet 315

Landry, argent prèle 210

31,936 Simon Hony, serrurier, sa maison en viager du

3 juin 1776 288 1.

Gens

Giroud, en viager, sa maison 566

Pcrrachon,terrainauxPlaltes,abergemcni,26niai 1776. 6

Cens

M™" d'Hacqueville, maison et terrain, 7 juin 1770,

abergeinont à 4 0/0 740

Cens

Audiot, sa maison en viager, 28 mai 1776 340

Cens

Martin, sa maison, abergement, 26 mai 1776. . . . 216

Cens

Landry ot sa femme, argent prêic en viager

28 mai 1776 210

^^l^lut et Dubois, maison en viager, 5 juin 1776 . . 430

Cens

M. Dufour, argent prêté en viager, 1,000 livres, le

11 juin 1776. 75

M. Monginol, viager pour le l" octobre 1776. . . . i,820

M. Defoural, viager 973 1.

Cens 2 s.

Saint-Géran, pour le champ des Pâlies, abergement

du 11 juin 1776 13

Cens 2 s.

Raynaud, viager ^*0

De l'autre page 31,937

Combrour . 320

Maison Gabar des Roches 1,000

Olivier 280

40,078 Favrc 480 .

Pais viennent les Billets que l'on peut donner en payement pour les maisons. Ils sont au nombre de cinquante-sept et composent une somme de plus de 55,000 francs. Sur ces cinquante-sept billets, cinquantetrois sont biffés, ce qui annonce que quatre seulemenv sont restés en souffrance ou n'ont pas été mis en circulation ; il y en a de diverses sommes, depuis 72 francs jusqu'à 4,000; si l'on excepte ceux de M. de Florian, ils sont tous souscrits par des roturiers.

Ensuite est une autre Liste des billets dont on peut faire usage en Vannée im, depuis le 1" juin Hll. Ils sont au nombre de trente et composent une somme de plus de 28,000 francs; cinq seulement sont effacés, par conséquent le reste a été employé utilement, négocié ou payé ; ils ont également de diverses sommes, et souscrits par des roturiers, à l'exception de M. de Florian.

Ces notes, que nous avons recueillies aussi littéralement que le permet un Livret où il n'y a ni lettres majuscules, ni accentuation, ni ponctuation, ni orthographe

régulière des noms propres, nous démontrent qu'en 1775 comme en HoO, la fortune de Voltaire était toute mobilière et placée sur des seigneurs riches et puissants, et nous indiquent quel a dû être l'état de ses revenus en t'"8.

Dès l'7o, Voltaire jouissait de 177,500 livres de revenu, et il lui restait la somme de 15^2,100 livres à placer; ajoutons les 70,000 livres qu'il attendait du duc de Wurtemberg et les 13,000 que lui devait Candaule, nous aurons alors la somme do 235,(00 livres.

Or, en juillet suivant, cette somme de 235, 100 livres a dû produire des inti-réts. Comme Voltaire prêtait quelquefois à 4 0/0 et aussi à 6 et 7 0/0 en viager, en supposant que ces 235,100 livres aient été placées au denier cinq, nous aurons pour intérêt au mois de juillet la somme de 11,755 livres.

Aces 11,755 livres joignons la somme disponible à la fin de l'année, qui est de 152,100 livres, alors nous aurons en caisse au mois de juillet 1776, le total tîe 398,955 livres.

En juillet 1777, ces 398,955 livres produiront un intérêt de 19,947 1. 75 auxquelles il faut ajouter, comme en 1776, la somme de 152,100 livres, et nous trouvons en caisse le nombre de 571,002 L 75

En juillet 1778, ce total de 571,002 1. 75 nous fournira un revenu de 28,550 1. 13.

A ce dernier intérêt, ajoutons l'état du revenu habituel de 177,500, et nous compterons 206,030 I. 13.

Par conséquent les revenus de Voltaire s'élevaient à sa mort à 206,000 livres au moins.

Ce calcul n'est pas exagéré. Wagnière et tous les

biographes conviennent que, dans les vingt dernières années de sa vie, Voltaire doubla ses revenus. Or, il nous a appris qu'en 1760, il avait60,000 livres de rente pn France, et 45,000 dans les pays étrangers. Deux fois 1(15,000 font 210,000. Son Livret, sa correspondance, la tradition, le raisonnement, l'arithmétique, tout concourt à prouver que nous ne nous trompons pas en pré-

sumantqu'en 1778, Voltaireavaitaumoins 206, OOOlivres (le rente net, car nous verrons qu'il obtint que ses terres demeurassent libres, et ne payassent rien au roi ni à réglise. Le 26 décembre 1760, il disait à M"" d'Épinai : « 11 faut payer les impôts ou n'être pas citoyen. » Ccnève lui ayant envoyé un petit bordereau à acquitter, il écrivit à cette occasion, le 2 mai 1766, au marquis de Florian : a II n'y a pas longtemps que Messieurs du conseil me présentèrent leur terrier, par lequel ils me demandent un hommage-lige pour un pré. Je leur ferai certainement manger tout le foin du pré, avant de leur faire hommage-lige. »

Le 4 avril 1768, dans sa lettre à 31. et M'"*^ de Flol'ini, il dit que W Denis possédait 12,000 livres de lenle. Comme M'"^ Denis et Voltaire vivaient ensemble, je suis tenté d'ajouter les 12,000 livres de rente de celle-là aux 206,000 livres de celui-ci. Alors, en 1778, le patriarche de Ferney disposait d'un revenu de 218,000 francs.

Sur la liste de ses débiteurs, en 1775, Voltaire ne nomme que de grands seigneurs; il n'est pas probable qu'il ait touché tout ce qui lui était dû cette année seulement; il se peut que plusieurs sommes ahgnées sur (^et état soient un reste de compte, une accumulation

Pi

de plusieurs années de rentes plutôt que le chiffre d'un revenu net. Mais d'un autre côté, il est certain que ce n'est pas seulement à de grands seigneurs qu'il prêtait : témoin les notes que nous avons transcrites, et qui forment un état à part. C'est ce qui explique la différence des additions de Voltaire. Il en a une de 178,500 et une autre de 191, oOO. Est-ce une erreur? Non. Il portait d'abord les rentes de Ferney à 35,000 livres, puis il les réduit à 15,000. Pourquoi? C'est que Ferney avait un compte séparé. Dès 1159, il évalue à 8,000 livres ce qu'il en retirait; Tourney avait été affermé avant 1158 plus de 3,000 livres par an. Depuis, Voltaire avait acheté des terres, il avait amélioré son

' domaine, il avait bâti plus de quatre-vingts maisons dont il avait vendu la plupart en viager. 11 est impossible d'admettre que tout cela ne lui rapportât que 15,000 francs par an. La dernière addition qu'il pose est de 191,500. C'est qu'alors il avait vérifié que Ferney et ses environs méritaient d'être compris dans son état pour 35,000, comme il l'avait mis d'abord; mais qu'il n'avait réduit à 15,000 qu'en attendant qu'il eût tout revu et parcouru les contrats et les billets des roturiers dont nous avons parlé. Ce sont donc :20,000 livres de rente qu'il faut ajouter à notre calcul. Voilà pourquoi j'avais dit qu'en 1118 Voltaire avait au moins

^ 206,000 livres de revenu.

Il convient de dire qu'en 1118 Voltaire jouissait ccr-

^ tainement de plus de :220,000 livres de rente, sans compter le revenu de sa nièce.

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