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malade, à qui l'on apprit que l'abbé Gautier était là. t Eb bien ! dit-il, qu'on lui fasse mes compliments et « mes remerciements. » L*abbé lui dit quelques mots et l'exborta à la patience ; le curé de Saint-Sulpice s'avança ensuite, s'étant fait connaître, et demanda à M. de Voltaire, en élevant la voix, s'il reconnaissait la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Cbrist? Le malade alors porta une de ses mains sur la calotte du curé, en le repoussant, et s'écria en se retournant brusquement de l'autre côté : « Laissez-moi mourir en paix. » Le curé, apparemment, crut sa personne souillée et sa calotte déshonorée par l'attouchement d'un philosophe; il se fit donner un coup de brosse par la garde-malade, et partit avec l'abbé Gautier. Après leur sortie, M. de Voltaire dit : « Je suis un homme mort. » Ce grand homme expira avec la plus parfciite tranquillité, après avoir souffert les douleurs les plus cruelles. Dix minutes avant de rendre le dernier soupir, il prit la main du nommé Morand, son valet de chambre, qui le veillait, la lui serra et lui dit : « Adieu, mon cher Morand, je « me meurs. » Voilà les dernières paroles qu'a prononcées M. de Voltaire. »
La Harpe, Grimm, Duvernet et Wagnière n'étant pas dans la chambre de Voltaire lors de la visite des deux ecclésiastiques, il est à propos de citer ces lignes du confesseur : « Nous entrâmes dans l'appartement de M. de Voltaire, dit l'abbé Gautier. M. le curé de Saint- Sulpice voulut lui parler le premier, mais le malade ne le reconnut pas. J'essayai de lui parler à mon tour; M. de Voltaire me serra les mains et me donna des marques de confiance et d'amitié ; mais je fus bien sur-
pris lorsqu'il me dit : « Monsieur l'abbé Gautier, je « vous prie de faire mes compliments à M. l'abbé Gautier. » Il continua à me dire des choses qui n'avaient aucune suite. Comme je vis qu'il était en délire, je ne lui parlai ni de confession ni de rétractation. Je priai les parents de me faire avertir dès que la connaissance lui serait revenue; ils me le promirent; hélas ! je me proposais de revoir le malade, lorsque le lendemain on m'apprit qu'il était mort trois heures après que nous l'eûmes quitté. » L'abbé Gautier est moins explicite que les philosophes; il prouve au moins que Wagnière a été induit en erreur sur le jour de la visite des deux prêtres. Comme l'anecdote relative à la calotte n'est rapportée que par Wagnière, c'est au lecteur à juger si elle n'est pas de l'invention du narrateur si mal renseio-né.
Plusieurs heures s'écoulèrent depuis le d'épart du confesseur jusqu'à la mort de Voltaire. Quel usage le moribond fit-il de sa raison, lorsque le délire l'eut quitté? Tous ses amis viennent de nous assurer qu'il jouit de la plus grande tranquilhté jusqu'à sa dernière heure. L'historien peut-il et doit-il s'en rapporter à leur témoignage ? Non, car voici d'autres autorités qui viennent l'infirmer
Ecoutez : Formey raconte, à la page 216 du tome V' de ses Souvenirs d'un citoyen, que Voltaire a fini sa carrière dans un affreux désespoir. Dans des fragments intitulés : Mes loisirs, ou Journal d'un bourgeois de Paris, de 1766 à 1790, je fis ces mots insérés à la page 642 du tome V de la Nouvelle Revue encyclopédique : « On entendait dire que le docteur Tronchin, qui avait soigné le sieur de Voltaire pendant sa mala-