‹ Ménage et finances de Voltaire [microform]Chapitre 8 sur 55 · COMME QUOI VOLTAIRE PRÊTAIT · texte numérisé non relu

COMME QUOI VOLTAIRE PRÊTAIT

quand il pouvait sûrement et tranquillement augmenter son taux avec des individus riches, il le faisait sans scrupule. Deux hommes graves vont nous le prouver. « Une manœuvre bien singulière, et que je tiens de source, raconte Formey, dans ses Souvetiirs d'un ciioijen (t. II, p. 238), c'est que, se rendant à Munich, Voltaire se proposa d'y placer des sommes considérables à un intérêt exorbitant. Pour réussir, il mit tout son art à se rendre agréable à l'électeur, et entre autres choses il commenta la composition de Candide, dont il lisait les chapitres à ce prince, à mesure qu'ils étaient faits. Après avoir bien bataillé pour les intérêts qu'il exigeait, et les avoir obtenus, il trouva tout de suite un prétexte pour s'en aller, laissant là l'électeur, et emportant ce qu'il avait fait de Candide. C'est ce que m'a raconté et certifié l'envoyé de Saxe, qui était alors à la cour de Munich, et qui est encore plein de vie lorsque j'écris ceci. » Collini n'est ni moins positif, ni moins explicite. Dans sa lettre, du 25 décembre 1754 à M. Dupont, il laisse entendre que Voltaire prétait de l'argent à 15 ou 20 pour 100 (1).

Ce qui prouve encore combien Voltaire aimait les gros intérêts, c'est qu'il ne prêtait à terme que quand il ne pouvait pas placer en viager. Dès 1722 il avait déjà une rente viagère. Sans cesse il presse leMoussinot de chercher des hommes solides sur lesquels il puisse placer en viager. C'est à cette condition qu'il prête aux grands seigneurs de France et aux princes d'Allemagne. A Ferney il construit des maisons, mais pour les vendre

(1) Lettres inédites de Vollaire et Collini à Dupont, p. 182.

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