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En quoi se montrait-il un chien singulier

CÔTÉ DES CHIENS

les femmes le dédain le plus absolu, ne leur obéissait pas, refusait de les suivre, et jamais ni notre mère ni nos sœurs ne parvinrent à en obtenir le moindre signe d’amitié ou de déférence ; il acceptait d’un air digne les soins et les bons morceaux, mais ne remerciait pas. Pour elles, aucun jappement, aucun tambourinage de queue sur le parquet, aucune de ces caresses dont les chiens sont prodigues. Impassible, il restait accroupi dans une pose de sphinx, comme un personnage grave qui ne veut pas se mêler à des conversations d’êtres frivoles. Le maître qu’il s’était choisi était notre père, chez qui il reconnaissait l’autorité de chef de famille, d’homme mûr et sérieux. Mais c’était une tendresse austère et stoïque, qui ne se traduisait pas par des folâtreries, des badinages et des coups de langue. Seulement il avait toujours les yeux fixés sur son maître, tournait la tête à tous ses mouvements, et le suivait partout, le nez au talon, sans se permettre la moindre escapade, le moindre salut aux camarades qui passaient. Notre cher et regretté père était un grand pêcheur devant le Seigneur, et il prit plus de barbillons que Nemrod n’attrapa d’antilopes. Avec lui on ne pouvait dire, certes, que la ligne était un instrument commençant par un asticot et finissant par un imbécile, car il avait beaucoup d’esprit, ce qui ne l’empêchait pas de remplir chaque jour

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