‹ MénandreChapitre 100 sur 212 · DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

DE MOLIÈRE

de vivre auprès (TElmire , il n'a pas vu qu'elle le méprise et le hait. 11 sait de longs détours pour capter ou retenir la tendresse d'Orgon : à peine se trouve-t-il seul avec Elmire, qu'il pose le masque, et agit en effronté. Tout à l'heure il commandait au son de sa voix et combinait la moindre de ses attitudes : mais il est l'esclave irréfléchi de ses désirs brutaux, qu'il raconte maintenant dans le plus étrange langage, en même temps mystique et sensuel. C'est tantôt un fourbe consommé qui se cache , tantôt un aventurier imprudent qui- se perd en voulant pousser à bout sa fortune, et qui va s'offrir de lui-même à la justice, dont il rencontre la vengeance quand il réclame son appui. Personnage plein de contrastes, mais dont les contrastes mêmes s'accordent et s'expliquent l'un l'autre : il est hypocrite de religion, précisément parce qu'il a des passions grossières : il fallait ce voile à ses vices. Il est adroit tant qu'il réussit : ne devrait-il pas l'être surtout au moment de la crise et quand le succès chancelant réclame les suprêmes efforts ? Non, le danger l'égaré au lieu de l'éclairer; et quand sa propre ruse a tourné contre lui, pendant que sa prison s'apprête, il croit qu'il vient de réussir et qu'il n'a plus qu'à s'établir dans sa maison : le grand imposteur devient la dupe d'un exempt. En un mot, c'est le Tartuffe de Molière, et non aucun autre homme.

S'il était besoin de prouver que c'est le mélange parfait de ces trois éléments, vérité générale, vérité relative, et originalité personnelle qui rend si dramatique le person-

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