LE SOLDAT FANFARON
jeune femme : elle consent à le voir et à se montrer plus bienveillante : Thrasonide lui jure d'adopter d'autres mœurs et de ne plus l'effrayer en énumérant les ennemis qu'il a tués et en dépeignant leurs sanglantes dépouilles. Mais il s'était trop vite confié à un semblant de bonheur 1 : tous ses serments n'obtiennent qu'une réponse amère : « Je sais bien que l'ivresse dévoilera bientôt ta nature, qui « se masque à présent et cherche à se cacher 2 ; » et sans doute Thrasonide se voit enlever sa maîtresse par un rival 3 qui n'a pas besoin de serments pour faire croire à l'élégance de ses manières et à la douceur de son amour. Lucien, dans un de ses dialogues '% a imité à la fois ces deux comédies de Ménandre, le Flatteur si l'Amant détesté.
i Arrien, l. c.
8 Ménandre, Mktoujisvo;, IX; Mein., Fr. Com. Gr., IV, p. 71.
3 II est possible qu'il y ait eu, dans cette pièce, une sorte de conspiration d'un jeune amant aidé de ses amis pour délivrer la jolie esclave des obsessions de Thrasonide : peut-être la maison étaitelle attaquée : « Je vois, » disait un personnage, soit un des assaillants, soit Thrasonide lui-même, « je vois qu'il me faut prendre en « main ma massue Lacédémonienne » (fr. XII ; Mein., Fr. Com. Gr., IV, p. 172). Et il semble que le coup de main réussit : à qui, si ce n'est à un rival heureux de Thrasonide, se serait adressée cette douce invitation : « Entre maintenant, amant aimé? » (Fr. XI; Mein., Fr. Com. Gr., p. 172.) Thrasonide, sans doute, a dû faire une courageuse résistance : mais on a soin de l'épargner, c'est assez de le blesser dans son amour : a Ils détestent Thrasonide, » dit un autre fragment, « mais ils ne l'ont pas tué » (fr. VIII; Mein., Fr. Com. Gr., p. 173). Du reste, nous avouons que ce sont là de pures conjectures, que nous donnons sous toutes réserves et avec grande méfiance de nos propres inventions.
'* Lucien, Dialog. merelric. , XIII.