‹ MénandreChapitre 11 sur 212 · ET PLUTARQUE · texte numérisé non relu

ET PLUTARQUE

« tout ce que peut l'habileté du langage, poussanl partout a et jusqu'au bout nue force invincible de persuasion, et « pliant à son gré tout ce que la langue grecque a de sons « et de sens. Aussi, pour qui, si ce n'est pour Ménandre, a un homme vraiment instruit consent ira-t-il à venir au « théâtre? Quand a-l-on trouvé, chez un autre que lui, « un personnage et un masque comique dont l'annonce o décide les amis des lettres à se placer sur les bancs ? a De même que les peintres reposent leurs yeux fatigués « en les reportant sur les couleurs tendres des fleurs et de a la verdure, de même les philosophes et tous les hommes « d'étude trouvent en Ménandre une salutaire dis trac- « tion pour leurs esprits qu'un travail sans relâche avait « longtemps tendus et possédés tout entiers. C'est une « prairie qui leur est ouverte, pleine de fleurs et d'ombre « et rafraîchie par les vents. » — Lorsque des comédies se sont ainsi maintenues au théâtre pendant quatre siècles l, et avec un succès que l'auteur même n'eut pu rêver plus beau quand elles étaient dans tout le charme de leur nouveauté, on peut affirmer, sans demander d'autre preuve, que ce sont là des œuvres vivaces et à jamais maîtresses de l'attention. Mais déjà ce n'était plus assez de voir représenter les pièces de Ménandre sur la scène pour laquelle elles avaient été faites. Elles avaient pris place parmi les divertissements les plus habituels dont les amis entremê-

i Ménandre mourut en l'an 291 av. J. C, et Plutarque survécut à Trajan qui mourut en l'an 117 après J. C.

30 RENOMMÉE DE MEXANDRE

laient leurs repas communs. « Seules », dit encore Plularque *, « elles peuvent faire oublier la table et prendre « le pas sur Bacchus. Car la comédie nouvelle fait si bien « partie des festins que les buveurs se passeraient plutôt « de vin que de Ménandre. Son style a du charme et du « laisser aller; mais il est plein de choses et fortement « nourri de pensées : missi n'est-il jamais méprisé des « convives sobres, ni ennuyeux pour ceux qui ont bu. « Des préceptes utiles et simples se glissent dans les esprits « à la faveur du dialogue, tempérant à l'aide du vin les « natures les plus rudes, et les façonnant à la douceur « comme le feu courbe le bois. Enfin ce mélange du plai- « sant et du sérieux ne semble-t-il pas fait exprès pour ser- « vir et plaire en même temps à des hommes qui viennent « de vider les coupes et qui se réjouissent ? Et tous les « récits d'amour? ils sont les bienvenus à pareille heure. « Cela n'a peut-être aucun prix pour un homme autre- « ment occupé ; mais dans un repas la comédie est à sa « place, et je ne saurais nr étonner de voir son élégance « et sa délicatesse former et polir les esprits en même « temps qu'elle ramène les caractères à la politesse et à « la douceur dont elle offre le modèle. »

La Grèce avait enfin unanimement reconnu Ménandre pour un des génies les plus brillants et les plus délicats qu'elle eût enfantés : depuis longtemps déjà, Rome avait de-

i Plutarque, Comp. d'Ami, et de M en., III, p. 854, — Quœsf. Conviv., VII, vin, 3, p. 712.

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