AMOLLISSEMENT
encore agiter pour un instant ce peuple amolli, il s'entendait bientôt reprocher ses généreuses mais faibles tentatives, comme des violences contraires au bon goût. « 0 hommes ! » disait alors un Apollodorus Carystius, « vous tous qui vivez aujourd'hui, quelle est votre folie « de quitter une vie agréable, et de travailler à vous rendre « malheureux, en vous faisant mutuellement la guerre? Au (( nom des dieux ! quel mauvais génie régit à présent nos « destinées ? N'est-ce pas un génie barbare, ignorant de toute « élégance, qui ne sait pas distinguer le bon du mauvais, « et nous roule au hasard d'aventure en aventure? Je le a crois : car si c'était le vrai génie de la Grèce, choisirait- « il de voir les hommes s'entre-déchirer et tomber morts, « quand il pourrait les voir vivre au milieu de la joie et des « jeux, des festins et des concerts? Ne serait-ce pas, à vrai « dire, le bonheur des dieux ? Et toi-même, dis-moi, ma « douce amie, n'accuses-tu pas aussi le génie qui nous g gouverne de barbarie et de rusticité? Combien plus a doux serait l'état des peuples, si nous changions notre g genre dévie ! Tous les Athéniens pourraient boire à leur « soif; jusqu'à l'âge de trente ans, les chevaliers auraient g le droit d'aller passer dix jours entiers à Corinthe pour g un festin, couronnés et parfumés avant l'aube : les Még gariens mangeraient leurs raves au lieu de les vendre ; g nos alliés quitteraient le camp pour les bains ; nous g nous verserions les vins de l'Eubée. 0 charmante délig catesse! Oh! ce serait vraiment vivre! Mais nous sommes
DES ATHEiNIENS. 263
« esclaves d'un sort grossier1. » — En traduisant ces vers d'un poëte qui ne voit dans la paix que le repos, non l'activité libre et sûre de son succès, qui ne demande à l'entente amicale des peuples que la communauté et l'échange des jouissances, non les avantages d'une sérieuse alliance, nous n'avons pu nous empêcher de penser à la fraternité voluptueuse des 2uva7ro6avou[xsvoi, cette association qu'Antoine et Cléopâtre avaient établie entre eux et leurs courtisans, pour mener et pour quitter ensemble une vie de délices continuelles.
Cependant tout n'était pas fatigue ou soif de plaisirs dans cette disparition des grandes ambitions de l'âme; la perte même de la liberté populaire ne suffirait pas à l'expliquer. Pour la comprendre, il faut encore tenir compte de certains progrès qui s'étaient accomplis dans les mœurs, au milieu des secousses et des revers que la république Athénienne avait éprouvés. L'égalité politique, qui avait couteau peuple tant de déchirements, avait été détruite par l'aristocratie et par les autorités Macédoniennes ; mais, au milieu et par l'effet de la licence démocratique ellemême, les diverses classes de citoyens s'étaient peu à peu rapprochées et mêlées : les mœurs étaient devenues pins humaines, plus faciles et plus douces. Quoique la fraternité et la charité fussent des mots encore inconnus, la syui-
* Appollodorus Carystius, Tpa^fiaTsiSioiroioç, fr. unie; Mein., Fr.} Corn. Gr,t IV, p. 441