S0 DU ROLE DES CUISINIERS
quitter les champs : « Je mettrai ce maudit flâneur à a creuser la terre, » dit le paysan, « et alors il me raconi tera à son aise sous quelles conditions la paix a été con- « clue; car il court toujours de ci et de là à la poursuite a des nouvelles1. » Il y a des esclaves paresseux qui se font dire : « Eh ! misérable, pourquoi rester à la porte, et or avoir déposé ton fardeau ? Nous avons pris là un bien « mauvais serviteur , qui ne sait rien faire , et qui n'est « bon qu'à nous manger du pain2. » Il y a des esclaves heureux qui s'écrient : « Combien il vaut mieux être « serviteur d'un bon maître que pauvre et opprimé avec « le titre d'homme libre 3! » Il y a des maîtres qui « n'ai- « ment pas qu'un esclave ait plus d'esprit qu'eux- « mêmes4; » des maîtres, les plus durs de tous, qui jadis étaient esclaves eux-mêmes : « craignez-les, car les bœufs « dételés oublient vite le poids du joug3; »— des maîtres qui « ne demandent jamais aux dieux de protéger leur « maison, mais seulement de permettre qu'il y ait toujours « mésintelligence entre leurs esclaves : c'est le salut de o la famille6; »— des maîtres même qui ne dédaignent pas
i Plutarque, de Curiositate , p. 519, A. Quod quidem fragmentum, probabili conjectura à Toupio ad Menandri Georgum relatum, neque inter Georgi, neque inter anonymorum comicorum fragmenta apud Meinekium reperire potui.
2 Ménandre, n&Aaupivoi, I; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 106.
3 Ménandre, fr. me. CLXXIX; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 274. * Ménandre, fr. inc CCLV; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 289.
s Ménandre, fr. inc. CXLIX ; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 268. e Ménandre. fr. inc. XXX; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 242.
de rire avec Sosie : « As-tu jamais bu de l'ellébore, Sosie ? « — Oui. — Eh bien ! bois-en plus encore, car tu es fou, « ce qui est dommage '. »
Parmi les serviteurs, le cuisinier était au premier rang. Longtemps même les cuisiniers étaient restés des travailleurs libres, qui se tenaient sur la place publique et louaient leurs services pour un temps convenu. Ce fut seulement sous la domination Macédonienne que l'importante fonction de satisfaire la gourmandise des riches tomba entre les mains des esclaves, et Posidippe, un des principaux poètes de la comédie nouvelle*, est le premier qui ait mis sur la scène un esclave cuisinier. Mais la servitude ne leur fit rien perdre de leur importance et de leurs prétentions : « Celui qui insulte un de nous, » disaient-ils, « n'échappe jamais à la punition qu'il mérite : tant notre « art a de sainteté 3 ! » Les dieux les aiment : car les cuisiniers ont fait bien plus qu'Orphée pour apprendre aux hommes à ne pas se nourrir de chair humaine4. Ce sont des esclaves savants qui cherchent dans les livres d'Épicure et de Démocrite les préceptes de la volupté5 dont ils se disent les premiers intendants, et les secrets de la nature qu'ils mettent tout entière à contribution. Les mora-
i Ménandre, 'Appi^opos, V; Mein., Fr. Coin. Gr., IV, p. 90.
2 Alhénce, XIV, sect. 77, p. 658, f .— Cfr. Mein., Fr. Corn. Gr. IV, p. 514 et 515.
3 Ménandre, AuaxoXo;, IV; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 108.
4 Athenion, 2a(j.69pax£ç ; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 557.
5 Damoxenus, SuvTpocpo'.; Mein., Fr. Com. Gr., IV, p. 530.