S LES PARASITES
Ménandre avait mis en scène le modèle et le héros, Struthias; les ôepa7rsuTixoi ou officieux, qui disputaient aux esclaves de leur patron les services les plus avilissants aussi bien que les négociations délicates, et se glissaient jusque dans le gynécée1, pour avoir partout des appuis. Comme les parasites ne craignaient aucune honte, et n'étaient pas de dangereux ennemis, la comédie nouvelle elle-même ne garda envers eux nul ménagement : la loi qui défendait toute attaque personnelle sur la scène, n'était pas faite pour eux ; dans plusieurs pièces 2, Ménandre se
i Ménandre, M.,cuor,paxX-?j?, II ; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 223: « Quand je vois un parasite entrer dans le gynécée, quand je vois « que le Jupiter domestique ne tient pas fermée la porte du cellier « et que ces débauchées y pénètrent librement.... » — Voir, sur la bassesse de certains parasites et sur leur grossièreté servile, Athénée, VI, sect. 56, p. 249, f; Diogène Laërce, II, cap.vm, sect. ni, § 66 ; Plularque, de Occult. Vir., I.
2 Ménandre, 'Avopoyvvo:; Athénée, VI, sect. 42, p. 243, b; Kexpu- 9<xXo?, Athénée, VI, sect. 4-2, p. 243, a. — Chéréphon n'est pas le seul parasite que Ménandre ait peint d'après nature. Dans sa comédie intitulée le Réseau (Kexpu^aXo:), Philoxène, surnommé le Coupeur de Jambons, avaitaussisa place (Athénée, VI, sect. 40, p. 241, e; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 148). On peut même supposer qu'Euclide, fils de Smicrinus, était encore un autre parasite fameux, mis en scène par notre poète, d'après ce fragment du livre de Lyncée de Samos sur Ménandre : « Euclide et Philoxène étaient renommés « pour leurs plaisanteries. Euclide;, dont les mots étaient souvent « dignes d'être conservés dans les livres et dans les mémoires, était « du reste froid et sans agrément. Philoxène, au contraire, qui ne « mettait rien d'extraordinaire, en somme, ni dans la causerie, ni « dans la moquerie, ni dans les récits, n'était que charme et que « grâce. D'où il advint que, pendant toute sa vie, Euclide.... » (Ici
moqua de Chéréphon, le plus célèbre de tous. « Un « homme, invité à souper pour l'heure où l'ombre du « cadran sera longue de douze pieds, se réveille avant le « jour, sort au clair de lune, et voit l'ombre allongée : le « voilà qui se croit en retard, et il arrive pour souper « au point du jour. Cet homme, » dit Ménandre, « a « une ressemblance frappante avec Chéréphon1. » Il paraît, en effet, que Chéréphon était matinal quand il s'agissait pour lui de trouver un bon repas : y avait-il quelque part une marmite à louer pour les cuisiniers, il allait la surveiller dès l'aurore : s'apercevait-il qu'on vînt la louer pour un festin , il demandait au cuisinier le nom de son maître, et lorsqu'il trouvait la porte entre-bâillée, il se glissait le premier dans la salle 2. Quand il voulait se faire inviter pour le quatre du mois, il invitait luimême pour le vingt-deux; et quand ses convives arrivaient, la maison était vide : ni hôte, ni feu, ni caillou pour allumer du feu; Chéréphon était un beau plaisant s.
une lacune. Que faut-il supposer pour la combler? Euclide, le beau parleur, eut-il des admirateurs et point d'amis? fut-il écoulé par les sages? misa profit par ceux de ses auditeurs qui n'avaient pas d'idées, et qui désiraient briller ailleurs avec de l'espril d'emprunt?).... « tandis que Philoxène fut aimé et estimé de tous. » ( Apud Athenœum, VI, sect. 40, p. 242, b.) Nous ne croyons pas que Lyncée de Samos eût donné ces détails dans un livre sur Ménandre, si Ménandre lui-même n'avait parlé d'Euclide, comme de Philoxène. i Ménandre, 'Opyyi, II; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 179. * Alexis, «fcuyâ;, fr. unie; Mein., Fr. Corn. Gr., III, p. 501. 3 Ménandre, Ms8yi, II; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 162.