LES PAKAS1TES
On comprend combien, dans la comédie, le parasite était un personnage utile. Sur le théâtre, comme dans la vie réelle, c'était un maître Jacques moqueur et moqué, l'esclave volontaire de tout prodigue, et, comme l'esclave, l'agent effronté de toutes les intrigues, « fidèle courtier et « ministre de quelques folles amourettes, exquis à merce veille pour mettre au net le compte de la dépense d'un « festin, non paresseux à faire apprester un banquet, « bien advenant à entretenir des concubines : si on luy « commande de parler des grosses dents à un fascheux « beau-père, ou de chasser la femme espousée et légitime, « il est sans honte et sans mercy K » Dans la comédie nouvelle, attentive et habile à se servir, pour l'étude sérieuse des caractères et des mœurs, de ces personnages mêmes qui n'avaient, avant elle, servi le plus souvent qu'à la bouffonnerie, les parasites étaient, pour ainsi dire, les mauvais génies de la jeunesse et les instigateurs attitrés de tous les vices dont Ménandre était l'énergique persécuteur. Ce n'est pas sans une raison sérieuse que Ménandre a appelé son principal parasite le Flatteur. Il marquait par là la hauteur et la moralité de son vrai dessein. Le parasite en lui-même n'est guère, pour parler le langage du jour, qu'un personnage de vaudeville. Mais que le flatteur domine en lui le glouton; que l'insinuant apologiste des prétentions et des vices d'autrui remplace le pauvre
« Plutarch., De Adul. et Am.t XXXIV; trad. d'Amyot, c. xn.
importun, affamé, méprisé et battu; qu'il fasse de sou patron sa dupe et non son maître; qu'il exploite avec art les mille faiblesses du cœur humain, et qu'il grandisse ainsi jusqu'à mériter la haine des gens de bien : voilà le parasite devenu un personnage de la plus belle et de la plus sérieuse comédie. Les passions que le poëte étudie pour les peindre, le parasite les connaît, les manie ; il en fait ses instruments et ses tributaires ; il en vit et il les fait vivre; il aide les débauchés à se ruiner et les fanfarons à se croire braves; il est le meilleur guide qui puisse initier Ménandre aux travers et' aux dépravations de son temps, ei que Ménandre puisse donner à ses spectateurs pour leur révéler leurs propres défauts et les dangers où ces défauts les jettent.