DE L'AMOUR PATERNEL
du sujet qu'il avait choisi, taudis que les sentiments généraux et les caractères furent le sujet même de la comédie nouvelle. Nous trouvons bien dans la comédie moyenne quelques vers remarquables par l'intelligence de la tendresse et en même temps de l'autorité paternelles ; Antiphane a dit : « Quand je donne quelque plaisir à mon fils « bien-aimé, je crois me faire un présent à moi-même *; » il a dit aussi : « Le jeune homme qui respecte ses parents « a un bon naturel : mais celui qui désobéit à son père « est un contempteur de tous les dieux. Primer son « père est une honte : se soumettre à lui est une défaite « aussi glorieuse qu'une victoire * ! » Mais c'est seulement dans les fragments de la comédie nouvelle que l'expression de ces sentiments devient assez complète et fréquente pour qu'il nous soit possible d'en former un ensemble et d'en tirer quelques conclusions précises. A ne prendre même que les fragments de Ménandre seul, nous y trouvons, en traits sobres, et comme en raccourci, toutes les émotions, joyeuses ou tristes, et la sévérité comme l'indulgence des pères. « Ah! la douce chose, » dit-il, « que « d'être le père de quelqu'un3 ! Misérable au milieu du « bonheur, le riche qui n'a dans sa maison personne à qui « léguer ses biens4! Quel baume et quel charme pour
i Anliphane, fr. inc. LIX; Mein., Fr. Corn. Gr., 111, p. io2. 2 Anliphane, fr. inc. LVI1I; Mein., Fr. Corn, Gr., III, p. 4o2. 8 Ménandre, 'EjjL7U7tpa[Asvr„ IV; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 114. 4 Ménandre, fr.'ine. CXI; Mein., Fr. Corn. G/\, IV, p. 261.
a Tâme d'un homme que la présence de ses enfants ! ! La « naissance d'un enfant est la plus forte chaîne de ten- « dresse entre les époux*. Il n'est pas un plaisir plus « grand que le plaisir de voir ceux qui sont issus de nous « vivre dans la sagesse et dans la vertu 3. » Mais aussi dans le cœur d'un père, combien d'inquiétudes attachées à un bonheur ! Pour une heure d'espérance, combien de longs désenchantements ! Cet enfant, attendu dans l'angoisse et reçu dans la joie, ne recevra peut-être du ciel qu'une vie courte, et se fera peut-être une vie honteuse, dont ses parents auront à rougir pour lui; et Ménandre le dit aussi : « Ce jour vient de me donner une fille : doit-elle embellir « ou ternir ma renommée ? Je ne sais \ Être père, quel « fardeau ! Douleurs, craintes et soucis qui n'ont pas de « fin s ! Il faut qu'un homme fasse son choix : qu'il vive « en restant garçon, ou qu'il devienne père et qu'il « meure : tant la vie nous devient amère sitôt que nous « avons des enfants 6 ! Il n'y a rien de plus malheureux « qu'un père, si ce n'est un autre père affligé d'une famille « plus nombreuse7. »
i Ménandre, fr. inc. CGLIX b; Mein., Fr. Corn. Gr.. IV, p. 290. 2 Ménandre, Sentences monost. (Supplem. ex Aldo, 99, in Men. Fragm.ap. Didot.) 8 Ménandre, fr. inc. CIX; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 261. 4 Ménandre, fr. inc. GDLXXXII; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 327. s Ménandre, TTpoeYxaXûv, II; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 196. 6 Ménandre, 'EîuxXripoç, IV; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 117. ? Ménandre, fr. inc. CX; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 261.