DE L'AUTORITÉ PATERNELLE
Mais les enfants ne sont pas toujours les seuls, ni même les plus coupables, quand leurs parents sont malheureux. Comme les fils, les pères ont des devoirs; qui ne sont jamais impunément négligés. La paternité est une royauté et presque un sacerdoce : c'est à celui qui possède ce titre sacré de le respecter le premier, pour le faire respecter des autres. « 11 est, » dit Ménandre," « un défaut que certaines « gens appellent la bonté, et qui pousse les hommes au mal, « en épargnant à toutes les fautes leur punition1. Gardons- « nous de tout permettre aux entreprises des vicieux : ré- « sistons-leur, au contraire; car, si nous ne leur résistons « pas, notre vie entière sera insensiblement bouleversée « de fond en comble 2. » Nulle part cette vérité n'est plus vraie, et cette règle de conduite plus nécessaire que dans la famille; car ce n'est pas seulement son propre bonheur, c'est surtout le bonheur de ses enfants que le père néglige et abandonne aux hasards des passions, quand, par corruption, par insouciance ou par lâcheté, il abdique son pouvoir et se renferme dans le laisser-aller. Aussi voyez comme Ménandre affirme : « L'homme qui fait des repro- « ches sévères à son fils ne fait que se conduire en père, « si âpres que soient ses paroles ; » et comme s'il avait deviné notre proverbe , qui montre la vraie tendresse jusque dans le châtiment même, n'ajoute-t-il pas : « N'afflige jamais ton père, car tu dois savoir que le plus
i Ménandre, fr. inc. Ll; Mein., Fr. Com. Gr., IV, p. 249. s Ménandre, *A8eX<poi, IV; Mein., Fr. Com. Gr., IV, p. 70.
a tendre est le plus prompt à la colère. l» Charmantes paroles ! Ménandre comprenait que l'affection, quand elle est vive et toujours en éveil, rend délicate et susceptible Tarne du père, et lui fait voir une faute grave et un grave péril, là où d'autres, moins intéressés, ne verraient qu'un manquement léger e^ une imprudence sans suite ! Il faut que le père donne la sagesse à ceux qui tiennent de lui la vie ; il faut qu'il les prémunisse contre les tentations avant qu'elles viennent ; il faut qu'il les façonne à la vertu, avant que l'âge leur ait ôté leur souplesse, ou le contact du vice leur pureté : « Exerce tes fils pendant qu'ils sont enfants : quand ils seront hommes, tu ne pourras plus le faire. » Mais la vie humaine est comme un bras de mer étroit, où l'on ne navigue qu'entre deux rivages d'écueils, et la faiblesse est à peine plus dangereuse que l'extrême rigueur aux relations des pères et des fds. « Pour tenir ses enfants « dans la bonne voie, il ne faut pas toujours une sévérité « qui les attriste, il faut parfois certaine douceur qui les « gagne. Accorde de bon cœur à ton fds ce qu'il est . « juste de lui accorder, et tu auras en lui un véritable ami « qui prendra soin de ta vie, au lieu d'un avide héritier « qui en guetterait la fin2. La clémence des pères corrige « les fils3. Que la vie est douce avec un père d'humeur facile
i Ménandre, fr. inc. CV1IÏ, CXIII; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, 26 \, s Ménandre, 'ASeXçoi, II, III; Mein., Fr, Corn. Gr., IV, p 69,70, 3 Ménandre, fr, inc. CCLXI.