DES FEMMES
« Respecte d'abord Dieu, puis tes parents1 : si tu respectes « tes parents, espère une vie heureuse2; celui qui injurie « son père et le maltraite en paroles, s'exerce par là à « blasphémer les dieux 3. » Là où le respect filial a une telle part, les railleries sont de bonne guerre et ne nuisent pas.
Pourquoi la comédie Grecque fa>orise-t-elle les fils aux dépens des filles ? Pourquoi dit-elle : « Les fils sont les « colonnes qui soutiennent une maison*; un fils sage, « voilà le bonheur d'un père; mais une fille est une , « richesse bien onéreuse % également difficile à garder et « à placer 6 ! » Ces derniers mots répondent à notre question. Il faut qu'un père prenne soin de garder sa fille, c'est-à-dire de la défendre contre les séducteurs et contre les violences dont les fêtes de nuit étaient si fréquemment l'occasion. Il faut qu'un père prenne soin de placer sa fille, c'est-à-dire de lui trouver un époux, qui leur plaise en même temps à elle et à lui. Mais Ménandre ne s'est pas borné à indiquer dans un vers ces intérêts pressants et ces difficiles devoirs ; il a sans cesse parlé, dans ses comédies, des jeunes filles, des femmes, de l'amour et du mariage. Recueillons donc, dans quelques témoignages des autres
i Ménandre, Sent, monost. f 230.
8 Ménandre, Sent, monost., loo.
3 Ménandre, fr. inc. CLX1X.
4 Ménandre, Sent, monost. II 76.
s Ménandre, 'Ave^iot, II.
e Ménandre, 'AXieï;, VI.
poètes et dans les fragments de Ménandre, ce qu'il a pu observer et ce qu'il a su dire des sentiments qui se rattachent à cette classe de personnages et à cet ordre de faits.
C'étaient alors, dans la comédie, autant d'éléments nouveaux. Ou la comédie ancienne mettait en scène des courtisanes de bas étage, ou bien elle n'entr'ouvrait le gynécée que pour en montrer l'ombre et le silence troublés par mille folies et déshonorés par mille désordres. La comédie moyenne s'était particulièrement attachée à peindre la vie des courtisanes; mais c'était là surtout le champ des vengeances personnelles, toujours permises aux poètes contre ces femmes, fort habiles à se défendre. Sur le théâtre Grec, le rôle de la femme au sein de la famille n'apparaît, sous ses faces diverses et dans tout son jour, qu'à dater de la comédie nouvelle.
On a souvent dit que , chez les Grecs , depuis la fin de l'âge héroïque jusqu'aux temps du christianisme, les femmes qui n'étaient pas des courtisanes étaient restées entièrement étrangères à la vie et aux sentiments des hommes, même de leurs maris. Les fragments de la comédie nouvelle démentent cette assertion. Un rapprochement va le prouver. Que dit Molière sur la liberté qu'il faut laisser aux femmes ?
Leur sexe aime à jouir d'un peu de liberté, On le retient fort mal par tant d'austérité, Et les soins défiants, les verroux et les grilles