‹ MénandreChapitre 124 sur 212 · DES FEMMES · texte numérisé non relu

DES FEMMES

Ne font pas la vertu des femmes et des tilles.

.... Pensez- vous, après tout, que ces précautions

Servent de quelque obstacle à nos intentions,

El — quand nous nous mettons quelque chose à la tête, —

Que l'homme le plus fin ne soit pas une bête?

Eh bien ! Ménandre est du même avis : «Il faut ou rester « garçon, ou, quand on se marie, emporter sans mot dire « la dot et la mariée, et ensuite lui raconter, tant qu'il lui « plaît, les façons de vivre des hommes. Surtout, que le « mari ne s'avise pas, s'il veut être sage, de trop tenir sa « femme emprisonnée dans les profondeurs de sa maison. « Car nos yeux sont épris des plaisirs du dehors. Laissez « une femme se promener à son gré au milieu de ces plai- « sirs, tout voir et aller partout : ce spectacle la rassasiera « à lui seul, et la détournera des mauvaises actions; tance dis que tous , hommes et femmes pareillement, nous « désirons avec ardeur ce qui nous est caché. Mais le mari a qui tient sa femme enfermée sous les verrous et sous « les scellés, croyant faire ainsi preuve de prudence, ne « prend qu'une peine inutile, et sa sagesse n'est que folie; « car si l'une de nous a placé son cœur hors de la maison « conjugale, elle s'envole plus prompte qu'une flèche et « qu'un oiseau : elle tromperait les cent yeux d'Argus ! « Et à tous les maux qui s'en suivent, s'ajoute un grand ri- « dicule : l'homme est méprisé, et la femme est perdue1 . » C'est une femme qui parle ainsi; et de même que nous

i Ménandre, fr. inc.

avons remarqué l'esclave disant : « Je suis un homme, » remarquons ici la femme qui dit :.« Je ne suis pas une esclave. » Nous ne pouvons croire que la ressemblance entre les vers de Molière et ceux de Ménandre soit un symptôme vain : à moins de dire que notre poëte était de deux siècles en avance sur son siècle, il faut admettre que les Grecs, au temps de la comédie nouvelle, commençaient à

! comprendre les relations du mariage telles que la doctrine libérale et douce du christianisme les a comprises et réglées.

Nous en trouvons à chaque pas, dans les Fragments de Ménandre, des preuves nouvelles, ne fut-ce que dans les nombreux traits de satire dirigés contre les mariages d'argent. Un personnage d'une comédie dont le titre manque racontait comment il allait épouser une jeune fdle qu'il aimait, et son interlocuteur lui répondait vivement : « Voilà

1 « comment nous aurions tous dû nous marier ! Quel gain a pour nous, ô Jupiter sauveur ! Il ne faudrait pas s'en- « quérir de futilités, demander qui était le grand-père et h qui était l'aïeule de la fiancée, et négliger pour ces « belles questions de demander, de regarder seulement a quel est le caractère de celle qu'on épouse et avec laquelle « on vivra. Mais on fait apporter la dot sur la table, pour « que l'expert examine si l'argent est de bon aloi, l'argent « qui ne restera pas cinq mois entre nos mains; et celle « qui sera pendant toute notre vie assise à notre foyer, on « ne cherche en rien à l'éprouver S'avance : on la prend

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