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DU MARIAGE

« au hasard, quitte à trouver en elle une femme insensée, « emportée, intraitable, bavarde peut-être! Moi je cona duirai ma fille dans tous les quartiers de la ville : quela qu'un veut-il l'épouser ? Qu'il parle, et qu'il voie d'àa bord à quels dangers il s'expose : car de toute nécessité a une femme est un tléau : le bonheur est d'avoir choisi le a moins dangereux * . » Ces derniers mots , et toutes les autres malédictions contre le mariage qui se trouvent dans Ménandre, n'infirment pas ce que nous avons dit. Partout, et de tout temps, ces malédictions ont été dans la comédie un lieu commun. Seulement, c'est un lieu commun qui varie d'expression et de sens, selon l'état des mœurs \

i Ménandre, fr. inc. III; Mein. Fr. Corn. Gr., IV, 228.

s Déjà, dans la comédie moyenne, cette satire du mariage et des femmes commence, avec un sentiment moins sérieux, ce nous semble, et un moins équitable mélange de i'éloge et du reproche, mais toujours avec une verve charmante. « A : Eh bien ! maintenant il est « marié. — B: Que me dis-tu là? Lui, marié? vraiment marié? « Lui que j'avais laissé vivant! » (Antiphane, «ÊiXoTràtwp ; Mein., Fr. Coin. Gr., III, 130.) «0 vénérable Jupiter! que je meure « si j'ai jamais mal parlé des femmes; il n'est rien de meilleur « qu'elles. Qu'on me cite une méchante femme comme Médée : je « réponds par Pénélope, un grand exemple! Clytemnestre était mé- « chante, oui ; mais Alceste était vertueuse. Phèdre peut être blâ- « mée; mais je sais une femme de bien à lui opposer, je sais.... qui a sais-je? Hélas ! j'ai tout de suite épuisé mon répertoire de « femmes vertueuses, et il en est beaucoup de vicieuses que je « pourrais compter encore! » (Eubulus, Xpua-.XXa, II; Mein., Fr. Corn. Gr., III, 260.) Voir aussi, daus Anaxandride {fr. inc. 1; Mein., Fr. Corn. Gr , III, p. 95) le fragment que Jacques Grévin traduisait ainsi daus sa comédie ùesEsbahis :

Par Dieu, j'estime une grand' beste

Ménandre dit : « Si tu es sage, ne quitte pas ton genre de « vie j pour te marier : je suis marié moi-même , voilà « pourquoi je te donne ce conseil. » — « Non, » répond le second personnage : « l'affaire est décidée : je jette a les dés ! » — « Va donc, » reprend le premier, « et fas- « sent les dieux que tu te tires de là sain et sauf ! car tu « te lances sur un véritable océan : et ce n'est pas la mer a de Libye, ou la mer Egée, ou la mer d'Egypte, qui n'en- « gloutissent pas trois vaisseaux sur trente : de ceux qui « s'embarquent sur les vagues du mariage , pas un seul « ne peut se sauver l. Malheur à celui qui, le premier, in- I venta de prendre femme ! malheur au second, au troia sième, au quatrième, et à tous ceux qui l'imitèrent 2! « N'est-ce pasjustice.de peindre Prométhée cloué à un ro- « cher , et de ne lui consacrer que des torches , sans lui « rien offrir de meilleur ? Il a commis un crime qui doit a lui valoir, je pense, la haine du ciel tout entier : c'est

Celluy-la qui met en sa teste, Et qui arreste en son courage Prendre une femme en mariage :' Car il ne délibère poinct Chose qui soit à son apoinct.

S'il la prend avecque richesse, Il épousera sa maîtresse.

S'il la" prend pauvre, quel malheur!

Il faudra qu'estant serviteur, Au lieu qu'il vivoit trop heureux> Pour un il en nourrisse deux, Et s'il, la veut laide choisir,

Il n'en aura aucun plaisir

{Théâtre de J. Grévin, p. 135 de l'éd. de 1562.)

1 Ménandre, 'App-^opo;, I; Meinv Fr. Corn. Gr., IV, 88.

2 Ménandre, 'EjjLumpajxsvYj, I; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, MA.

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