DU MARIAGE
« viennent en aide l'un à l'autre, et chacun d'eux apporte « à la communauté l'appoint de ses qualités propres. « Aussi semble-t-il que, dans cette sorte de tendresse, « beaucoup de profit et beaucoup de douceurs se rencon- « trent à la fois. Elle peut encore se fonder sur la seule « vertu, lorsque les époux sont de natures qui se convien- « nent : chacun alors a sa vertu, et ils peuvent se réjouir « dans cette harmonie. Les enfants aussi sont un lien, et « les unions stériles sont les plus promptement dénouées, « car les enfants sont un bien commun entre les deux, et « toute communauté est une attache1. » Ailleurs encore, il parle dans le même sens de la tendresse des époux 2 et de l'accord des âmes, nécessaire au bonheur ; et même, outre ces pensées sérieuses et profondes sur ce sujet de la vie conjugale, dont on prétend souvent que les moralistes Grecs ne comprenaient ni la délicatesse ni le sérieux, Aristote donne quelques conseils très-délicats de politique privée3 : il recommande à la femme et au mari de ne point trop songer ni l'un ni l'autre à se parer pour se plaire; il veut que tout soit sincère dans cette union; que la beauté s'y maintienne simple et naturelle, comme les caractères doivent s'y montrer sans feinte, et il renvoie presque gaîment au théâtre et aux acteurs, qui en ont seuls besoin , l'appareil mensonger des riches habits et du fard4. Enfin,
1 Aristote, Eth.Nicom., VIII, U, 7-8.
2 Aristote, Eth. Eud., VI, 10, 7.
3 Aristote, OEconom , I, 4, 3.
* Aristote, OEconom., I, 4, 5.