‹ MénandreChapitre 13 sur 212 · ET LES PERES DE L'EGLISE · texte numérisé non relu

ET LES PERES DE L'EGLISE

pour tous les jeunes gens de cet âge critique dont saint Augustin a traversé et raconté toutes les tourmentes, où le cœur «aime l'amour l » et semble chercher sa défaite comme on poursuivrait une victoire ? Quelques-uns le pensaient. Tertullien n'a excepté ni ménagé personne, dans son éloquente et implacable colère contre les spectacles. A ses yeux, quelle que fut la pièce jouée, Dieu était outragé et l'homme avili : tous les théâtres étaient les palais de Satan et les temples de l'Impudieité2. Mais un autre Père de l'Église, d'une foi non moins ardente, et d'une doctrine , non moins pure, engagé aussi avant dans la lutte contre le paganisme dont, par sa propre expérience, il connaissait tous les pièges, saint Jérôme, n'a jamais maudit ni proscrit Ménandre et ses admirateurs. Il l'invoquait même, entre autres protecteurs de la civilisation menacée. Effrayé par les progrès des barbares, il voulait rallier autour de

i Nondùm amabam, sed amare amabam.... quœrebam quod amarem, amans amare, et oderam securitatem, et viam sine muscipulis (Saint Augustin, Confessions, III, 1). — Comme les mêmes mots ont un sens différent, suivant les hommes qui les emploient et les circonstances qui les amènent! Cet amare amabam si passionné et si juvénile dans saint Augustin, nous le retrouvons, mais sceptique et sec, dans une lettre de Benjamin Constant à Mme de Charrière (11 mars 1788) : « Mon oncle et moi, nom aimerions à nous aimer, et « comme nous ne le pouvons pas tout simplement et tout uniment, « nous voulons au moins avoir l'air de nous quereller, comme si « nous nous aimions. »

2 Tertullien, de Spectaculis, passim. Encore les tragédies et les comédies des anciens étaient-elles, selon lui, les meilleures de leurs œuvres poétiques ! (îbid.)

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