‹ MénandreChapitre 131 sur 212 · DE LA DIVINITE · texte numérisé non relu

DE LA DIVINITE

ramener leur philosophie à l'unité d'un système précis. . Tantôt c'est un épicurien qui dit : « Je ne crois pas, Smi- « crines, que les dieux soient gens de loisir au point de « pouvoir mesurer à chaque homme, jour par jour, le « bonheur et le malheur l; » tantôt c'est la doctrine d'Empédocle sur les songes, qui apparaît dans un fragment de Ménandre nouvellement découvert : « Nous rêvons « pendant la nuit à ce qui nous a occupés pendant le jour2,» et c'est d'après le même maître que Lucrèce l'a répété :

Et quo quisque ferè studio defunctus adhaeret, Aut quibus in rébus multûm sumus antè morali, Atque in eâ ratione fuit contenta magis mens, In«somnis eadem plerumque videmur obire 3.

Parfois c'est déjà la raison humaine qui renonce à sa curiosité et abdique ses droits devant la majesté d'un mystère suprême : « Adore la divinité, » dit Ménandre, « sans « vouloir étudier sa nature4. » — « Croyez qu'il existe un « dieu, et adorez-le, » dit Philémon, « mais ne sondez « pas plus avant : vous ne pourriez que chercher sans « trouver. Ne vous demandez pas même s'il existe ou non : « adorez-le comme existant et toujours présent auprès de « vous 8. » Mais la conscience de l'homme n'est pas toujours aussi modeste, et depuis que Socrate avait parlé du

i Ménandre, 'ErciTpsirovrsç, VI; Mein., Fr. Com. Gr., IV, 120.

2 Matranga, Anecdota grœca, Romœ, 1850. Secunda pars. Scholia in lliadis II, p. 457.

3 Lucrèce., IV, 759-761 ; cfr. IV, 963 et sqq.

v Ménandre, Sent, monost., 474; Mein., Fr. Com. Gr., IV., 353. » Philémon, fr. inc. XXVI; Mein., Fr. Com. Gr., IV, 43.

oatywv qui vivait en lui , on disait souvent : « 0 grands « sages! je crois comme vous que l'homme juste a son « dieu dans sa propre intelligence1.... Les paroles ver- « tueuses ont partout des temples et des trépieds : car « alors l'intelligence même est le dieu qui prophétise2. » Cependant, à côté de ces philosophes, découragés ou orgueilleux, dont les uns plaçaient Dieu trop loin de nous pour que nous puissions le voir, tandis que les autres le confondaient avec notre âme, voici un personnage de Ménandre qui se contente simplement de croire aux dieux de la mythologie, avides de belles victimes, se nourrissant, comme le dit Aristophane, de la fumée des autels, et estimant la piété d'après l'offrande : « Les dieux ne nous « traitent-ils pas comme nous les traitons eux-mêmes ? « On conduit au temple une chétive petite brebis du prix « de dix drachmes tout au plus. Mais que ne dépensons- « nous pas le même jour pour des joueuses de flûte ou « de harpe, ou bien en parfums, en vin de Thasos, en « anguilles, en fromage, en miel? Le tout monte au moins « à un talent. Ainsi nous méritons que les dieux, même « quand il leur plaît d'agréer notre sacrifice, ne nous « accordent que pour dix drachmes de leurs faveurs. « Mais s'ils se montrent plus sévères, et veulent nous faire « porter la peine de notre parcimonie, ne sera-ce pas un « nouveau coup porté à la religion ? Pour ma part, si

i Ménandre, 'AotXyoi, XIV; Mein., Fr. Corn» Gr., IV, 72. 2 Ménandre, 'Ap^frpopoç, VI; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, 90.

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