‹ MénandreChapitre 137 sur 212 · SELON LES GRAMMAIRIENS · texte numérisé non relu

SELON LES GRAMMAIRIENS

attique un recueil dont un abrégé nous est parvenu *. Thucydide, Platon et Démosthène étaient les seules autorités admises par ce puriste impitoyable. Plus savant que , modeste, il condamnait Ménandre et lui contestait l'élégance de son style avec un mépris et des railleries qu'un Bithynien du second siècle après J. C. n'aurait pas dû se permettre envers un Athénien du temps d'Alexandre 2. Certain mot de Plutarque lui déplaisait 3 : « il est de si « mauvais aloi, » dit-il, « que Ménandre lui-même ne s'en « est jamais servi. » Un autre détail l'irritait plus encore 4, et voici comment il attaquait Balbus de Tralles, qui n'était pas de son avis : « Par Hercule ! je ne comprends pas la g maladie de ces hommes qui font si grand cas de Ménan- « dre, et voudraient le placer au-dessus de tous les écri- « vains Grecs , et je m'étonne de voir les esprits les plus « distingués s'éprendre de ce faiseur de comédies qui a g adopté un nombre infini de mots bâtards, dont l'emploi g prouve son ignorance. » On croirait que Phrynichus ne pourra pas aller plus loin. Et pourtant il s'emporte parfois jusqu'à jouer l'éloquence en plein dictionnaire, et il adresse au poëte lui-même ses apostrophes de scholiaste

1 Eclogœnominum et verborum atticorum ; éd. de J. G. de Paw, Utrecht, 1739.

2 Voir le curieux ouvrage du pèreVavasseur, de Ludicrâ Dictione, p. 96.

3 AîyjjiaXtoTtGÔrjvai, Plut., ApopMhegmata, p. 233, e, et 234, b. Cfr. Josèphe, Ant. Jud.,\X, S et 7.

4 Le mot <7ucrar)[j.ov.

m DU STYLE DE MÉNANDRE

indigné : « 0 Ménandre, où donc as-tu ramassé toute cette « fange de termes impropres, dont tu souilles le langage « de tes pères l ? » Encore si Phrynichus eût été seul de son opinion ! nous lui pardonnerions ses critiques, à titre de paradoxes. Mais il eut des complices , et c'est une circon- ; stance aggravante qui révèle toute une conspiration inintelligente et mesquine de grammairiens froidement chicaneurs contre un écrivain populaire et brillant. Un des contemporains dePhrynichus Arrhabius, JuliusPoilux, sophiste Égyptien, que l'empereur Commode avait nommé profes seur de rhétorique à Athènes, attaquait Ménandre avec aussi peu de bon goût et de respect. Bien loin d'être, selon lui, une source pure de mots vraiment Grecs, les écrits de Ménandre lui semblaient seulement un riche répertoire de néologismes commodes. « Ce n'est pas, » disait-il 2, « un « écrivain scrupuleux qu'il faille suivre d'ordinaire : mais « vous pouvez, cependant, le consulter, quand le mot « propre manque pour rendre ce que vous avez à expric( mer : car il vous fournira complaisamment des termes « de toute sorte que les autres auteurs n'ont jamais a employés. » Mais lorsqu'il faut choisir entre des auto rites qui se combattent, Julius Pollux reprend toute sa vigueur : « Si vous avez à dire un homme ivre, ne dites pas « àvrjp [as'ôugoç : c'est un mot qu'il faut laisser à Ménan-

i Sur le mot xaTaçayà;. Voir aussi les articles des mots pecoKopil yOpoç, que Phrynichus prétendait ne pas comprendre, et xoXXoë«ro)ç. - Julius Poliux, Onoma&ticon. Sur le mot ô?avs\kot.

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