‹ MénandreChapitre 139 sur 212 · DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

DE L'HISTOIRE

constante de l'esprit, la discrétion élégante et la mansuétude du langage, la lumière égale et tempérée sur toutes les pensées : car alors il faudrait aussitôt passer à l'avis de Plularque et proscrire Aristophane, et bien d'autres avec lui, qui seraient Athéniens et parfaits sans être attiques. Mais l'atticisme Athénien n'était pas, ou, du moins, ne fut pas toujours l'atticisme dans le sens moderne et français du mot. Il se modifia et se renouvela selon les temps : il y eut plusieurs atticismes, successifs et divers, dont l'histoire mériterait d'être écrite avec détails. A ne prendre même cette histoire qu'à partir de son glorieux midi, et à s'arrêter là où s'arrête son grand éclat, sans remonter jusqu'aux nuances de sa lente aurore ni descendre jusqu'aux reflets voilés de son crépuscule encore aimable, on aurait à distinguer déjà, rien que dans le plein jour du génie attique, de bien importantes variations, D'abord apparaîtrait l'atticisme austère et majestueux, d'une beauté tranquille, forte, et, pour ainsi dire, concentrée* C'est toute une pléiade d'écrivains, d'orateurs, d'artistes dont le regard est attaché sans cesse à l'idéal le plus grave et le plus relevé : Eschyle, et sa poésie construite comme un temple d'Ictinus, en larges blocs de marbre taillés à angles droits l; Phidias, dédoublant le Jupiter homérique, effaçant le côté humain de Jupiter, le mari tantôt grondeur2,

i 0. Mûller, History of the Literature of ancient Greece, p. 335.

DE L'ATTICISMB. 347

tantôt épris1, tantôt infidèle2 de la jalouse Junon , le père brutal qui prend Vulcain par le pied pour le jeter du ciel en terre3, le rire inextinguible4 et les querelles comiques de l'Olympe3; Phidias effaçant, disons-nous, tous ces traits de la grâce et de la gaîté Ioniennes, pour ne garder que les traits qui se prêtent à l'atticisme grandiose | et sérieux de son temps, et pour représenter uniquement I le Jupiter roi des dieux et des hommes, qui ébranle i l'Olympe en remuant les sourcils et dont toute la contenance exprime la béatitude orgueilleuse de la toute- ! puissance au repos6; Périclès l'Olympien7, semblable au Jupiter même de Phidias, poursuivant en toute chose un modèle de dignité et de hauteur qui semblait étrange au sein d'un état démocratique , ne donnant dans son éloquence rien à l'agrément ni à la passion, parlant devant le peuple d'un visage immobile et sans sourire, d'un ton de voix soutenu, d'un geste calme et qui ne dérangeait jamais ses vêtements, d'un langage plein, concis, serrant les choses de près et fortement 8, longuement médité %

i Cfr. Iliad., XIV, 314-331;

2 Cfr. Iliad., XIV, 317-327.

3 Cfr. Iliad., 1,591.

* Cfr. Iliad., I, 599.

6 Cfr. Iliad., XXI, 385-513.

e Strabon, VIII, p. 534, a; Homère, Iliad., 1, 528-530.

7 Aristophane, Acharn., 530 : llepixtériç ©ôXujmciûç. s Plutarque, Périclès, IVetV.

9 Quintilien, XII, 9, § 13; Suidas, sub verbo.

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