‹ MénandreChapitre 147 sur 212 · LES PREMIERS IMITATEURS · texte numérisé non relu

LES PREMIERS IMITATEURS

favoris, et ce fut en prison qu'il s'habitua à plus de retenue. "Le dangereux exemple de Naevius ne fut pas suivi. Plaute, qui donna sa première pièce vers Tan 224 av. J.-C.; Csecilius, qui régna sur la scène comique presque aussitôt après la mort de Plaute1; Lucius Lavinius, le prédécesseur immédiat et l'ennemi déclaré de Térence ; Térence lui-même, et après lui, vers Tan 130, Q. Trabea, et, dans le premier siècle av. J.-C, Afranius, voilà les poètes comiques de la Rome républicaine, et tous, selon leur génie divers, et même en mêlant à la comédie nouvelle mille éléments étrangers , ils furent imitateurs de Ménandre. Caecilius se distingua par la force et le pathétique : mais l'élégance lui manquait 2. Quelques fragments de son Plocium nous ont été conservés par Aulu- Gelle, et quand on les compare aux vers Grecs qu'ils devraient rendre, on peut juger à la fois et de la liberté que les poètes romains gardaient en face de leurs modèles, et de l'inexpérience de Caecilius. Diffus et inexacts, souvent grossiers, parfois déclamatoires, ses vers (pour emprunter une comparaison à l'auteur qui les cite 3 ) ne ressemblent pas plus au texte grec que l'armure terne de Diomède ne ressemblait à la brillante armure de Glaucus. Tout ce que nous savons de Lucius Lavinius, c'est qu'il

i 184 av. J.-C.

2 Horace, Epist. II. i, 59; Varron, apud Nonium, s. v.poscere, Charisius, Inst. Gr., II, in fine.

a Aulu-Gelle, Noctes atticœ, H, 23, 7,

DE MËNAND1Œ A ROME. 377

s'astreignit à une plus grande exactitude, qu'il reprochait à Térence d'altérer la simplicité de Ménandre en mêlant deux comédies , et que Térence , fort aigre dans ses réponses, lui reprochait à son tour de n'observer ni la vraisemblance dans ses intrigues ni la dignité de la scène dans les détails. Les anciens comptaient Q. Trabea, comme Ca^cilius , parmi les poètes comiques qui savaient surtout représenter et remuer les passions. Quant à Afranius, il avait plutôt imité la manière de Ménandre que ses comédies : car son théâtre n'était composé que de fabulœ togatœ , et il choisissait en général ses personnages parmi les dernières classes de la société. Sans doute Horace , en écrivant ce vers :

Dicilur Afrani toga convenisse Menandro,

a voulu dire seulement qu'Afranius , peintre des mœurs Romaines, avait réussi à égaler, pour l'agrément et la vérité, Ménandre et ses peintures des mœurs Grecques.

Après Térence, Ménandre eut peu d'imitateurs parmi les écrivains latins. Cependant M. Mommsen a récemment publié dans son Recueil des Inscriptions latines du royaume de Naples l'épitaphe d'un poëte de l'époque impériale, probablement du premier siècle après J.-C, qui se nommait M. Pomponius, et avait fait graver sur son tombeau les vers suivants :

Ne, more pecoris, otio transfungerer, Menandri paucas vorti scitas fabulas, Et ipsus etiam sedulo finxi novas.

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