‹ MénandreChapitre 151 sur 212 · PLAUTE · texte numérisé non relu

PLAUTE

Pline rendait éloges pour éloges, et la comédie n'était plus qu'un genre de poésies légères en dialogues : il eût mieux valu qu'elle disparût entièrement.

Jusqu'ici nous avons à peine nommé Térence et Plaute. A coup sûr, ils méritaient d'être placés à part des autres poètes comiques Latins; quant à juger d'après eux Ménandre lui-même, c'est un procédé facile, mais dangereux. Piaule imitait quelquefois Ménandre : la Cistellaria, le Carchedonius, et, parmi les comédies perdues, le Colax peut-être le Dyscolus, le Condalium, la Bœotia, rappellent le sujet ou le titre d'autant de pièces Grecques, citées parmi les œuvres de notre poëte. Mais Horace a dit que Plaute s'était élancé sur les pas vifs et pressés d'Épicharme, et nous croyons que Plaute eut raison. La comédie Sicilienne , plus rude , plus audacieuse , plus libre en ses propos que la comédie nouvelle, convenait à l'auditoire de Plaute. Ménandre pouvait laisser beaucoup à deviner à la sagacité de ses contemporains ; Plaute devait compter avec la rusticité des siens : le sénat même en était encore à brûler les livres de philosophie, et quand on amenait à Rome les chefs-d'œuvre de Gorinthe, un consul voulait que les statues brisées fussent remplacées par les entrepreneurs du transport. Au milieu d'un peuple dont les chefs étaient ignorants à ce point, comment auraient pu réussir, si elles n'avaient subi une entière métamorphose, les œuvres les plus délicates d'une civilisation dès longtemps raffinée ? Et quand même les hautes classes de la

m PLAUTE.

société romaine eussent été déjà plus instruites, Plaute, qui n'avait pas de patrons parmi les patriciens, n'aurait pas négligé les applaudissements du peuple, dont il était sûr, pour la faveur encore impuissante et toujours douteuse d'une noble coterie littéraire. Il était capable de tout peindre : dans le Stichus, Pinacie, la femme vertueuse dans sa conduite et dans son cœur, et vertueuse par sentiment du devoir, en l'absence de son mari ; dans les Captifs, Tyndare, l'esclave qui ne recule ni devant les tortures, ni devant la mort menaçante, pour sauver son jeune maître des fers qu'ils avaient portés ensemble et qu'il se résigne à porter seul; ces deux personnages, disons-nous, comptent parmi les plus belles créations qui aient jamais ennobli la scène comique : c'est sur ces exemples qu'il faut mesurer le génie de Plaute. Mais autour de Pinacie, de Tyndare et des autres personnages, oubliés de Laharpe, à qui Plaute a su donner un cœur grand ou délicat, et qui sont comme l'aristocratie de son théâtre, il lui fallait, s'il voulait être écouté, peindre des âmes vulgaires ou même grossières dont il pût charger et maltraiter à son aise les défauts. C'était alors qu'il appelait à son aide le ridicule âpre et impitoyable, qui est la Némésis des sottises et des bassesses humaines. Hardi comme un vrai soldat romain, il frappe sans ménager les coups : ni ses auditeurs, ni lui ne se contenteraient des élégantes parades d'un maître d'armes qui effleure discrètement le plastron de son adversaire. De toute nécessité, Plaute devait être plus mordant

Page 1