‹ MénandreChapitre 152 sur 212 · PLAUTE · texte numérisé non relu

PLAUTE

que Ménandre et s'abandonner sans réserve à sa verve bouffonne, au lieu de modérer et d'adoucir son esprit comme l'avait fait le poëte Grec.

Ce n'est pas seulement par sa gaîté qui va jusqu'au désordre et par son énergie poussée parfois jusqu'à la brutalité, que Plaute est Romain, et de son temps : il oublie à chaque instant que la scène est en Grèce et que ses personnages ne portent pas la toge. Plein de mépris pour l'illusion dramatique au point d'adresser souvent au public des apostrophes presque aussi directes qu'une parabase, il est si constamment préoccupé de Rome, qu'il met un Capitale à Épidaure, et à Thèbes des triumvirs. Il a pris, dans un livre Grec, la forme et le plan de sa comédie : que lui importe ? Ce n'est pas dans les livres qu'il a étudié les hommes, et il les peint tels qu'il les voit autour de lui. La vie des bourgeois et du peuple romain est le véritable fond des œuvres de Plaute : sorti d'une famille obscure, chef d'une troupe de comédiens en même temps que poëte, esclave d'un meunier par un soudain revers de fortune, il a trop vu de ses propres yeux, et vu des ridicules trop saillants pour se résoudre à répéter ce qu'un autre avait observé dans un siècle et dans un monde tout autres. Un historien des mœurs Romaines doit avoir sans cesse Plaute sous les yeux; le critique qui voudrait y chercher Ménandre serait bientôt ou désappointé ou égaré.

Nous nous méfions également de Térence, et nous n'avons pas voulu le prendre pour guide, dans cette étude,

384 ÏÉRENCE.

par diverses raisons, les unes semblables, les autres contraires à celles que nous venons d'exposer au sujet de Plaute. Térence est loin d'être un traducteur. Il sait parfois embellir ce qu'il emprunte : Ménandre avait exprimé, par un vers tout uni, cette pensée toute simple : « Entre « amants, la colère ne dure que peu de temps. » Térence renouvelle l'expression et la pensée , en disant : « Entre amants , la colère est comme un rajeunisse- « ment de l'amour. » Mais ce soin curieux et laborieux I des détails est lui-même étranger à Ménandre : poëte facile et fécond , il tient sa comédie pour déjà faite, quand les vers ne sont pas encore commencés : le style de Térence est, au contraire, combiné et poli avec art : le travail de la lime en a souvent trop émoussé , parfois trop raffiné les saillies. La simplicité de l'intrigue a disparu comme celle du langage : à l'Andrienne de Ménandre Térence ajoute un amant de plus; à l'Eunuque un fanfaron; aux Adelphes, tout un épisode de trois scènes empruntées à un autre poëte, et , malgré son adresse, le défaut d'unité divise et amoindrit l'intérêt. Plaute était trop le poëte du grand nombre et des ignorants pour imiter de près Ménandre : Térence est trop savant, et, par excès d'art, il corrige trop son modèle pour n'en pas altérer la franchise et la simplicité. Enfant gâté de la cour des Scipions, et observateur par réflexion plutôt que par expérience, il crée des personnages qui sont moins Romains que ceux de Plaute sans être plus Grecs. Ce qui domine

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