L'ACADEMIE FRANÇAISE
ses écrits avaient été laissés par Laharpe. En 1823, un célèbre helléniste, M. Auguste Meineke, publia à Berlin l'édition la plus complète qui eût jamais été donnée des fragments de Ménandre et de Philémon, accompagnés d'un commentaire où tous les documents étaient réunis et tous les problèmes discutés; et lorsqu' après dix-huit ans de recherches continuelles, M. Meineke eut publié une seconde édition de son travail, abrégée mais plus parfaite, à qui pouvait-il appartenir mieux qu'à l'Académie française de rendre un nouvel hommage au poëte déjà si habilement restitué ? L'honneur d'être désigné par cette illustre compagnie à des études dont elle veut juger ellemême, pourrait, encore mieux que les éloges de Quintilien et de Plutarque, donner à Ménandre le droit d'être fier, et à Aristophane l'occasion d'être jaloux.
Cette destinée des œuvres et du nom de Ménandre est singulière et pleine de vicissitudes. Être un grand poëte; suivre et saisir les passions , Protées aux mille métamorphoses, dans le cœur humain, labyrinthe aux mille détours ; avoir un génie si fécond qu'il puisse, pendant le cours de toute une vie, sans repos et sans lassitude, créer des êtres imaginaires mais si vivants eux-mêmes que tout un peuple les regarde comme ses concitoyens et ses familiers ; écrire des vers que les enfants apprennent et que les vieillards méditent ; recevoir tour à tour les * hommages de l'admiration et de la jalousie; laisser der- ' rière soi, en quittant la terre, des œuvres que se transmet-
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Iront les siècles, et qui suivront toujours la civilisation dans ses voyages et dans ses progrès, — voilà le rêve, et il semble commencer à s'accomplir : c'est le premier acte j du drame glorieux. Le temps passe : viennent l'ignorance ; et la barbarie : le nom et les écrits du poëte luttent et triomphent longtemps. Bientôt des générations plus éclairées vont naître ; une merveilleuse découverte se '. prépare : elle assurera l'avenir à tous ceux qui le mérite- ! ront. Mais on apprend alors que ces œuvres, vainement belles, vainement victorieuses de tant de hasards, ont péri brusquement, quand leur immortalité, jeune encore, touchait au moment d'être une dernière fois consacrée et mise pour toujours hors de danger.
Cependant les autres écrivains sauvés avaient cité des vers de cet écrivain disparu. Recueillis et groupés, ces fragments occupent les veilles des savants et sont entourés de tout ce qui peut les compléter ou les éclaircir. Il semble alors que le temps est venu et que tous les moyens sont donnés d'apprécier le génie du poëte, de lui marquer sa place dans l'histoire littéraire, de renouer la trame brisée des intrigues qu'il avait tissues, de ressusciter, s'il est possible, les personnages qu'il avait créés, de nommer les vices et les ridicules qu'il avait raillés ou ilétris, d'étudier sa double influence sur l'art et sur les mœurs, et de lui demander, même pour le présent, des conseils et des leçons. Telle est l'œuvre que l'Académie française a mise au concours, pt, que nous osons tenter d'accomplir.