‹ MénandreChapitre 22 sur 212 · HISTOIRE DE LA VIE DE MÉN ANDRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA VIE DE MÉN ANDRE

Ménandre * naquit la 3e année de la 109e olympiade (342 av. J.-C). Il était Athénien8, du bourg de Cé-

i Suidas mentionne un poëte de l'ancienne comédie qui aurait porté le même nom : mais aucun autre auteur n'attribue à notre Ménandre cet obscur homonyme, que son nom, cependant, eut suffi à faire remarquer, s'il eût vécu autre part que dans l'imagination de Suidas, souvent coupable tantôt de dédoubler, pour ainsi dire, ceux dont il parle, tantôt d'en confondre deux.

4 Pinkerton (Dissertation su" les Scythes, préf., xn) a voulu faire de Mén?ndre un Gète, en s'appuyant sur ce fragment : « Je le dis « de tous les Thraces, et surtout de nous autres Gètes (je suis Gète « mci-même, et je ne m'en cache pas), nous ne sommes pas fort « tempérants.... Aucun de nous n'a moins de dix ou onze femmes : a certains en ont douze, ou même plus. Et si quelqu'un meurt avant « d'en avoir épousé plus de quatre ou cinq, ses compatriotes parlent « de lui comme d'un homme qui n*a pas connu le plaisir et le bon- « heur, et qui est mort célibataire. » (Ménandre , Fr. inc, vin; Mein., Fr. corn» gr., iv, p. 232.) Qui ne voit que ce sont là les paroles d'un personnage de comédie, et qu'elles ne doivent ni être mises dans la bouche du poêle, ni lui être appliquées indirectement? D'ailleurs, le témoignage des autres écrivains est positif; et Strabon lui-même, en rapportant le passage cité ci-dessus, dit que Ménandre n'avait sans doute pas inventé ces détails, mais qu'il devait les avoir

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phise1, et dune famille qu'il ne l'ut pas le premier à illustrer8. De sa mère, Hégésistrate,lenom seul est venu jusqu'à nous3; mais son père, Diopithe, est plus connu '\ 11 était général des Athéniens, et fut envoyé dans la Chersonèse de Thrace, à la tête d'une colonie. Les Cardiens se plaignirent de ces étrangers qui empiétaient sur leur territoire, et Philippe, leur protecteur, proposa d'abord de soumettre l'affaire à des arbitres qui auraient eu plein pouvoir. Mais ses ouvertures furent repoussées, et il envoya des troupes au secours des Cardiens. Par voie de représailles, Diopithe ravagea le district maritime de la Thrace, qui était soumis au roi de Macédoine. Alors Philippe écrivit aux Athéniens une lettre de reproches, et ses partisans accusèrent Diopithe d'avoir violé les traités de paix et payé ses mercenaires en les menant au pillage. Mais

pris dans quelque historien : si Ménandre eût été Gète, Strabon s'en serait certainement prévalu pour donner autorité aux vers qu'il lui empruntait (Strabon, VIF, p. 297).

1 Suidas, II, p. 531 ; Eudocia, Viol, p. 302.

2 Anonyme, Etepi Kw^toôiar, p. xn.

3 Suidas, Eudocia, ïocis citatls.

4 Hypéride, dans le second des deux discours retrouvés en 1847, près de Luxor, par M. J. Arden, parle d'un Diopithe qu'il se félicite d'avoir courageusement mis en accusation, « quoiqu'il passe? » dit l'orateur, « pour être, de toute la république, le citoyen qui a le « plus de ressources dans l'esprit » [Orat. pro Euxenippo, col. 39 de l'éd. de Cambridge). M. Hogg [Transactions of the Royal soc. of Lit ., vol. IV, p. 216) a émis la conjecture très-probable, adoptée par M. Schneidewin et par M. Arden, que ce Diopithe était le père même de Ménandre.

Démosihène était là pour le détendre : « Il faut prononce cer entre la guerre et la paix, » disaient les accusateurs. « Nous n'avons pas le choix, » leur répondit-il ! : « En « toute justice et de toute nécessité, un seul parti nous « reste à prendre : et lequel ? punir celui qui nous atta- « que le premier. A moins qu'on ne dise, cependant, que « Philippe ne nous fait aucune injustice et ne commence « pas la guerre tant qu'il épargne Athènes et le Pirée. « Si ce sont là nos droits tels que mes adversaires les « comprennent, et la paix telle qu'ils la définissent, vous « voyez tous clairement l'impiété et le danger de leurs « discours. Et pourtant, par là même, ils détruisent les « reproches qu'ils adressent à Diopithe, et nous pouvons « leur renvoyer leurs arguments. Car, si tout est permis « à Philippe pourvu qu'il ne touche pas à l'Attique, « dirons-nous que Diopithe ne peut porter secours aux « Thraces sans faire la guerre aux Macédoniens?... Quant « aux pillages dont on le blâme, considérez, je vous prie, « ce que nous faisons à Athènes. Nous refusons de voter « une contribution : nous n'osons pas nous enrôler nous- « mêmes : nous n'avons pas le courage de renoncer aux « gratifications du trésor : nous ne payons pas àDiopi- « the l'argent qui lui est assigné. Et quand il s'est créé « quelques ressources par sa propre industrie, nous le « blâmons ! Lui qui ne reçoit rien de vous et qui n'a rien

* Démosthène, Oratio de Chersoneso, passim.

fi -2 MÉNANDRE, DÉMOSTHÈNE

« par lui-même, d'où voulez-vous donc qu'il attende la « solde et la nourriture de ses soldats ? du ciel peut-être ? » Alors, derrière les accusateurs de Diopithe, Démosthène montra Philippe qui se glissait pas à pas jusque dans la Grèce : à la cause de son client, il rattacha celle d'Athènes qu'il voulait grande et libre, et Diopithe fut acquitté. — Un scholiaste * raconte, à cette occasion, que Ménandre était ami de Démosthène, et que Diopithe dut à son fils l'utile secours du grand orateur. Mais l'anecdote est controuvée, car ce procès eut lieu l'année même de la naissance de Ménandre. Nous en dirons autant d'un autre fait rapporté par Ulpien 2. Le procès de Ctésiphon allait être jugé, et Démosthène voulait prouver à Eschine que les Athéniens le tenaient tous pour un homme aux gages de Philippe : il fallait obtenir un aveu solennel du peuple assemblé. Démosthène usa d'adresse; en disant à Eschine : « Je vais interroger pour toi : oui ou non, citoyens, le « regardez-vous comme un mercenaire ? » if déplaça l'accent du mot f/.iaôwroç et marqua la première syllabe au lieu d'appuyer sur la dernière. Il espérait que ses auditeurs aux oreilles délicates sentiraient et relèveraient aussitôt cette faute volontaire. Peut-être même la scène avaitelle été combinée avec un ami. Au dire d'Ulpien, ce fut Ménandre qui prit le rôle du puriste mécontent, et qui

i Scholium uns. è cod'ice Redhigerano descriptum, cfr. Meineke, Menandri Vit., \u xxiv.

2 Ad Demosth. Orài. pro Ctesiph. Comment., p. 80, h.

ET ÉPICURE. fia

cria fAiff0o)To'(; à haute voix , en replaçant l'accent. Démosthène interpréta l'incident à son gré, et se retournant vers Eschine : « Entends-tu, » lui dit-il , « le nom qu'ils « le donnent eux-mêmes? ils t'appellent mercenaire, « comme je le fais. » Mais le Discours sur la couronne fut prononcé l'an 330 (3e année de la cxne olympiade), et Ménandre qui n'avait alors que douze ans ne pouvait être encore ni l'ami de Démosthène, ni un des juges de Ctésiphon, comme le prétend encore Ulpien.

Son intimité avec Épicure est, au contraire, très-certaine. Leur âge était presque le même : Ménandre n'avait pas un an lorsque Épicure naquit1. Ils restèrent unis toute leur vie, et le poëte consacra à la gloire de son ami deux vers où il le comparait à Thémistocle : «Salut à vous, glo- « rieux fils des deux Néoclès ! Toi, tu as donné la liberté « à ta patrie : toi , tu lui as donné la sagesse ! 2 » Mais

1 Épicure naquit, comme Ménandre, la 3e année de la 109e olympiade (Diogène Laërce, X, 14. — Strabon, XIV, p. 526) ; mais on sait que les jeux Olympiques se célébraient dans le mois Hécatombéon, et que, par conséquent, l'année commençait, selon cette chronologie, à l'époque qui, dans le calendrier attique, correspond à notre mois de juillet. Ainsi les années comptées d'après les olympiades sont, comme on dit vulgairement, à cheval sur deux années du système moderne, et la 3e année de la 109e olympiade, par exemple, commence au mois de juillet de l'an 342 av. J. C, pour finir à la fin de juin 341 . Or, il semble probable que Ménandre naquit dans la première partie de l'année, c'est-à-dire en 342, et Épicure seulement dans la seconde, c'est-à-dire en 341 (Suidas, sub verbo. — Clinton, F. H. sub anno).

•2 Anthologie de Jacobs, t. I, p. 136.

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