VÉRITÉ
« la décision prise soit la plus sage et que la Phrygienne (( rende un meilleur oracle que cette jeune fille inspirée « du ciel que nous montre une de tes comédies! Adieu et « santé. »
Certainement il ne faut pas chercher ici une passion ennoblie par la résistance Ou par la pureté : mais on y reconnaît un sentiment vif, où le cœur et l'esprit ont leur part, et une intimité plus affectueuse qu'on ne l'attendrait de pareilles personnes. Et cependant,, quoique d'un accent inattendu et rare, ces lettres ont aussi un accent irrésistible de vérité. Avant de les connaître, nous n'aurions pas soupçonné entre une courtisane grecque et son amant tant de sentiments délicats; mais le témoignage d'Alciphron nous convainc, parce qu'il n'a rien d'exagéré. Ces lettres ne sont-elles qu'effusion et protestation d'amour ? sont-elles écrites sur un ton trop ardent ou trop ému? y voit-on le moindre effort pour relever la dignité de la courtisane, ou pour justifier la passion par son excès même? peut-on en conclure qu'une liaison que rien ne sanctionne est la plus digne d'une âme poétique, parce que là seulement, comme on dit, se montrent la constance volontaire et la fidélité parfaite dans l'absolue liberté ? Si ces lettres étaient ainsi faites, nous n'en voudrions rien croire; il les faudrait rejeter tout entières, et nous les aurions attribuées à quelque romancier du xixe siècle, savant helléniste (comme on en peut supposer un) qui se serait plu à reprendre en grec une thèse déjà usée en