DES ANECDOTES
jours des traits : presque toutes, elles finissent par un changement à vue et par une parole mémorable : dans celles de Plutarque, qui les aime et les choisit avec un art consommé, on ne peut voir que des détails profonds et, comme oserait peut-être le dire un Allemand, des microcosmes historiques qui résument toute une vie; par là, elles ont encore quelque chose de théâtral. Il n'est pas jusqu'à Philopœmen qui ne se montre héros dans sa bonhomie et sa patience quand il fend du bois chez son hôtesse de Mégare, et homme d'esprit dans sa répartie quand il arrête les excuses de son hôte en disant : « Je paie « les intérêts de ma mauvaise mine. » Mais des anecdotes où n'éclate la vertu ni l'esprit de personne, qui ne soient pas des accidents et des exceptions, des anecdotes prises dans la vie quotidienne, banale et terne, dans le cercle des petites misères et des petits soins, des journées sans aventure et des paroles sans conséquence, de telles anecdotes sont rares, même chez les auteurs qui pénètrent le plus avant dans la vie privée. Et, à vrai dire, en quoi seraient-elles utiles aux savants portraits de Plutarque ou aux malices méchantes de Tallemant des Réaux? Elles sont pourtant précieuses, surtout en ce qui touche l'antiquité. On oublie souvent que les anciens étaient des hommes, et, vertueux ou vicieux, on ne veut les voir que toujours grands et brillants. Les proportions et l'éclat s'altèrent dans le lointain des siècles comme dans le lointain des paysages : tandis qu'une distance d'un demi-