‹ MénandreChapitre 29 sur 212 · ET LA CHARLOTTE DE WERTHER · texte numérisé non relu

ET LA CHARLOTTE DE WERTHER

gnance puérile : ce lait même, avec sa peau ridée, exercerait heureusement les plus fins pinceaux d'un Teniers. En un mot, sinon par l'architecture et les costumes, du

petit élan de jalousie. « .... Je vous attendais depuis neuf heures: il « y avait de l'eau d'orbe, de guimauve, de l'orgeat, pour vous faire « prendre par force une bavaroise : voilà comment cela s'appelle, « et non pas de la soupe.... » C'est sans doute une réponse à quelque moquerie un peu méprisante du malade trop chéri. « .... Mon « Dieu ! que je voudrais être à côté de votre lit : je vous soignerais; « jamais garde n'aurait eu tant de zèle et d'affection. » Et dans la lettre suivante : « Mon ami, je vous aime. Je le sens dans ce moment « d'une manière douloureuse. Votre rhume, votre poitrine font mal « à mon âme.... » J'ai mal à votre poitrine, disait Mme de Sévigné. Votre poitrine fait mal à mon âme, dit M1^ de Lespinasse. Il y a une nuance entre l'amante et la mère. Puis l'amante révèle brusquement et pleinement son cœur déchiré, à la pensée du départ projeté pour le lendemain : « Je meurs de regret en pensant que je ne vous verce rai pas, que je n'ai plus de moyens de me rassurer. Je ne vous « verrai pas, je ne saurai rien de vous. Ah ! qu'il était doux de vous « aimer hier, et qu'il est cruel de vous aimer aujourd'hui, demain t et toujours!... Adieu, adieu, mon ami..., conservez-vous; pensez « que c'est me sauver la vie que de ménager votre poitrine.... » « Mon ami, buvez : mais quoi? je crains que ces eaux n'aient trop « d'activité. De la guimauve ou de l'eau d'orge. Si vous venez chez a moi, vous en trouverez de toute prête.... » Nous renvoyons au texte même ceux qui voudront voir au complet ce singulier mélange de plaintes passionnées et de sollicitudes minutieuses; pour nous, il faut nous arrêter, de peur de mériter trop ce reproche adressé par un critique délicat et moqueur à un auteur de nos jours qui a mis sur la scène toute l'agonie d'une Glycère tragique : « Il n'a « oublié ni le médecin, ni le traitement, ni la garde-malade, ni la « tasse de tisane. On peut prendre là d'assez jolies notions de thé- « rapeutique, si on le veut bien. » (Études historiques et littéraires, par M. Cuvillier-Fleury, t. II, p. 79; sur la Dame aux Camélias, par M. A. Dumas fils.)

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moins par le sujet et par le sens, cette petite scène est un gracieux tableau flamand : et, au rebours de Louis XIV, nous ne voulons pas qu'on nous ôte ces magots-là.

Cependant la constance de Ménandre ne semble pas avoir duré toujours ; et si cette amie élégante et admirée, dont la Glycère d'Alciphron dit quelques mots, était Bacchis, Glycère aurait dû plus sérieusement s'inquiéter. C'était l'avis d'Alciphron lui-même, et, comme pour empêcher ses lecteurs d'ajouter une foi trop naïve aux serments qu'il prêtait tout à l'heure à Ménandre, il a écrit ce qui suit :

GLYCÈRE A BACCH1S1.

« Mon cher Ménandre s'est décidé à partir pour Corinthe « où il veut voir les jeux Isthmiques. Ce projet ne me plai- « sait guère : tu sais combien coûte l'absence d'un amant « tel que lui, même quand elle ne doit pas être longue. « Mais il est si peu dans ses habitudes de me quitter, « que je ne pouvais pas lui défendre ce plaisir. Je ne sais « non plus comment te recommander mon voyageur, et « cependant il faut bien que je te le recommande, surtout « puisqu'il a si grande envie de te plaire. Si je ne le remet* « tais pas entre tes mains, je craindrais de paraître égoïste « et envieuse, et l'amitié est trop étroite entre toi et moi « pour que j'y puisse consentir. Ce n'est pas toi que je « crains, ma chère Bacchis (je sais bien que ton cœur est

* Alciphron, Epist., I, 29.

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