ET DÉMÉTRIUS DE PHALÈRE
« voir. Alors, selon la coutume du peuple, on accourt de « toutes parts, on applaudit le maître à Tenvi. Les premiers « de la ville, tout en gémissant au fond de leur cœur des
les œuvres de Boullenger de Rivery (Fables et Contes, 1. III, f. 4) la fable suivante :
DÉMÉTRIUS ET MENANDRE.
Démétrius parcourant l'Univers, Chemin faisant prenait toutes les villes, Et celle de Pallas eut le même revers. Athènes dans ce temps n'avait plus de Cyrsiles : Le luxe avait éteint les antiques vertus. Démétrius porté par les vaincus
Sur un Trône fit son entrée, Et son àme goûtait une joie insensée, A l'aspect des remparts qu'il avait abattus*. Le Tyran destructeur, tout fier de ses ravages, Fut accueilli comme un Dieu bienfaisant ; Que les Humains sont fous dans leurs hommages ! La servitude, hélas, quel horrible présent ! On célèbre à l'envi ses heureuses conquêtes; Le Peuple l'est par tout : volage en ses désirs, Ce qui fit ses douleurs fait bientôt ses plaisirs; Et, n'importe à quel prix, le Peuple aime les fêtes. Accoutumés à céder au Vainqueur, Les Grands, dont l'art de feindre est la vertu sublime,
Baisent la main qui les opprime,
Et gémissent au fond du cœur.
Ces Humains plus heureux qui des grandes affaires Ne s'embarrassent guères,
Dont la paresse est l'Élément, Arrivent les derniers, mais arrivent pourtant. L'un d'eux était Ménandre; il quittoit son asyle Et celui des neuf Sœurs. Il conservait toujours
Sur son visage ainsi qu'en ses discours, La douce liberté, fruit d'une àme tranquille, Trésor de la Nature ignoré dans les Cours. Et s'il venoit grossir la foule tributaire, Pour ne point se montrer il étoit trop connu; Méprisables Devoirs que l'Orgueil a sçu faire ! Le Sage vous remplit, ne cherchant point à plaire,
Content de n'avoir point déplu.
Guidé par cet espoir et déjà résolu
* Les remparts qu'il avait abattus ?. .. Chemin faisant prenait toutes les villes ? Boullenger de Rivery ne confondrait-il pas comme M\ier\ (Varia Hist,, IX, 9), Démétrius dePhalére, qui n'était point un auerrier, et Démétrius Poliorcète ?
a tristes changements que la fortune ordonne, viennent « eux-mêmes baiser la main qui les écrase : tous enfin, jus- « qu'à ceux qui vivent loin du tumulte et ne demandent « que la tranquillité, craignent que Fabsence ne soit un « crime et vont ramper aux pieds du tyran. De ce nombre « fut Ménandre; sans le connaître, Démétrius avait lu ses
« comédies et admiré son talent Lorsqu'il le vit dans
« les derniers rangs de la foule, « Quel est ce débauché, » « demanda-t-il, « qui ose paraître devant moi? » « C'est le « poëte Ménandre, » répondirent ceux qui l'entouraient. « Aussitôt Démétrius changea de langage....;» et, quoique la fin du récit de Phèdre soit perdue, nous savons que le poëte devint bientôt, et chaque jour davantage, l'ami de
De rejoindre bientôt sa Muse solitaire, Ménandre s'avançoit : on ne voyoit point d'or
Sur sa robe à demi -flottante, Point de Saphirs, point de Rubis encor; Le goût seul en rendait la nuance brillante. Sur un de ses amis penché nonchalament, Ses regards languissants cherchoient toutes les Belles D'un pas voluptueux il marchait doucement Pour tenir plus longtemps les yeux fixés sur elles ;
Chemin faisant il soupiroit.
Il tenoit un bouquet de fleur à peine éclose,
Et d'un air tendre il respiroit
Tantôt l'OEillet, tantôt la Rose, Jaloux de rassembler tous les plaisirs divers :
Ses cheveux parfumoient les airs.
Démétrius le voit. Quel est ce Petit-Maître ? L'imprudent ! à mes yeux oser ainsi paroître !
— Sire, c'est Ménandre l'Auteur.
Le Monarque à ce nom prend un air de douceur,
Lui tend la main, grande faveur!
On se contente à moins : combien de gens en France
Qu'un seul regard rendroit heureux !
Ménandre préféroit deux trésors prétieux.
Le repos, et l'indépendance.