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PREMIÈRE COMÉDIE

C'était à la fin de la cxir9 olympiade, c'est-à-dire vers l'an 330 avant J. C, qu'il avait fait jouer sa première pièce : elle s'appelait h Fils supposé, et ce titre seul révèle le genre nouveau qui allait paraître. Essayons d'imaginer un sujet et des personnages qui puissent justifier le titre de cette comédie. Supposons un père, Chrêmes, qui refusé à son propre enfant ses soins et sa tendresse pour en combler un enfant qui n'est pas à lui et qui a été glissé par fraude dans sa famille. Le fils négligé sera jaloux de son prétendu frère, et si un esclave adroit découvre et lui révèle l'origine de l'étranger, le foyer domestique ne sera plus le sanctuaire de la paix, mais une place envahie par un usurpateur et qu'il s'agit de reconquérir. Il faut que Dave invente des ruses pour aider son jeune maître. S'il racontait à Chrêmes, comme par maladresse, ou avec une discrétion simulée et en se faisant faire violence, que ce fils favori, pour qui sont tous les présents et tous les éloges, mène une vie dissolue, et porte à quelque Bacchis du voisinage tout ce qu'il reçoit et tout ce qu'il peut emprunter ? Sans doute, Chrêmes s'irritera de voir sa confiance trompée et son revenu dilapidé : Dave alors pourrait profiter de cette humeur pour prouver au vieillard qu'il n'est pas le père de ce mauvais sujet, et pour faire chasser l'intrus.— Mais une adresse plus innocente a peut-être suffi1. Dave a pu livrer au fils sup-

t Une adresse tout innocente devait sufûre dans YHypoboUmœus

I)K PHILEMON. lu:,

posé le secret de sa naissance et lui inspirer le désir de rentrer dans sa famille. Dave a même pu lui amener ses vrais parents, et ménager une reconnaissance l sur la scène : ils réclameront et reprendront leur enfant-. Mais les spectateurs trouveraient ce jeune homme bien ingrat s'il quittait ainsi son bienfaiteur, et brisait en un instant un lien de vingt annéesé Par bonheur, la comédie a des ressources qui facilitent les dénoûments : le dieu 'Yuavatoç 'V^v se prête volontiers au rôle de deus ex machina. Que le fils supposé épouse une fille de son père adoptif : il pourra rentrer ainsi dans la famille où il est né sans rompre avec celle où il a grandi; et, en même temps, l'autre jeune homme, reprenant sa place et ses droits, ne pourra plus être jaloux.

Nous faisons là des conjectures : sur la seule donnée de ce titre, le Fils supposé , on pourrait construire vingt

latin, où Caecilius n'avait donné au père aucune préférence injuste (cfr. Cicéron, Orat. proRosc.Amerino, cap. xvi).

i Comme dans le KoûxocXo; d'Aristophane, comédie qu'il fit jouer sous le nom de son fils Araros {Arg. ad Plut., IV, Bekker), et à laquelle Philémon emprunta l'idée première de son Fils supposé, s'il faut prendre à la lettre ce qu'en dit Clément d'Alexandrie (Strom., VI, p. 267) ; il est, tout au moins, certain qu'Aristophane, dans cette pièce, avait deviné déjà la comédie nouvelle, quand la comédie moyenne venait à peine de naître, et qu'il y avait employé deux des moyens dramatiques les plus chers à Ménandre et à ses contemporains : cpôopàv xai àvaYvwpirrfj.ov (Anonym., de Vit a Aristoph., p. U)-

2 Comme dans la comédie de Ménandre sur le même sujet : le Fils supposé, ou le Campagnard (cfr. Quintilien, I, 10).

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