‹ MénandreChapitre 38 sur 212 · ÉTAT D'ATHÈNES · texte numérisé non relu

ÉTAT D'ATHÈNES

du doigt, tour à tour indignés ou rieurs, le peuple égaré, les pouvoirs avilis, et les intrigants qui montent à force de ramper, souffrant tout pour être tout-puissants.

Mais pour que la comédie puisse aborder de tels sujets, la liberté démocratique, même la plus absolue, ne suffit pas : il faut encore que la nation soit, sinon constamment prospère, du moins forte, confiante en elle-même, animée et même tumultueuse, amoureuse du mouvement et du danger, pleine d'ardeur dans toutes les luttes et d'espérances jusque dans le malheur. Les Athéniens avaient conservé à travers les vicissitudes de la guerre du Péloponnèse, tout l'orgueil de leurs anciens succès et une certaine verve de courage qui les soutint, jusqu'au moment où elle ne fut plus qu'une témérité irréfléchie et les perdit. Mais après la triste fin de ce grand duel, la comédie telle que l'avaient pratiquée Eupolis, Aristophane et Cratinus, n'était plus possible à Athènes , même quand les trente tyrans eurent été chassés et le pouvoir restitué au peuple avec la liberté. Pour en faire usage, il aurait eu besoin de l'énergie et de l'activité qu'il portait naguère dans la vie publique, et Thrasybule n'avait pu les lui rendre avec sa constitution. Si les Athéniens pouvaient se vanter encore de dominer sur les mers, le désordre de leurs finances, la faiblesse de leurs armées, la mauvaise organisation de leurs tribunaux rendaient l'ordre précaire, et le présent paisible était obscurci par les menaces d'un avenir prochain. Déjà les Athéniens jouissaient de leur sécurité

Page 1