AU TEMPS DE LA COMÉDIE ANCIENNE
même avec inquiétude, et avec lassitude de leur liberté. Mais comme de leur légèreté première ils avaient passé à l'indolence, ils voyaient le danger sans avoir le courage et sans vouloir prendre la peine d'y porter remède. Ils avaient ainsi perdu à la fois le goût et le droit de citer au tribunal de la comédie les hommes qui les gouvernaient et la politique suivie au nom du peuple. Tel était d'ailleurs l'état des affaires publiques qu'il eût été difficile d'en faire une satire gaie. Aristophane montrait les ombres d'un tableau brillant et glorieux encore : au temps dont nous parlons, la peinture eût été sombre tout entière, et sans un seul rayon de consolation ou d'espoir. La paix ellemême, qui était complète alors, bien qu'on ne crût pas à sa durée, et qui pénétrait chaque jour plus avant dans les mœurs de la nation, la paix contribuait aussi à discréditer la muse militante des anciens comiques, qui ne pouvait vivre et chanter qu'au milieu du bruit de la guerre et des désordres de la démocratie, comme ces oiseaux qui n'ouvrent leurs ailes qu'au vent de la tempête, et qui s'endorment quand les flots sont calmés.
| Mais dans cette Athènes, à la fois inquiète et distraite de ses affaires, et déchue de la souveraineté qu'elle avait exercée sur toute la Grèce, les poètes comiques avaient d'autres sujets non moins féconds et des spectateurs aussi empressés que ceux d'Aristophane. Le mouvement d'esprit et le goût du plaisir avaient pris toute la place qu'occupaient naguère les passions des partis et l'intérêt de la