ACTION DES PHILOSOPHES
et nières permises dans* leurs réunions. — Tu te trompes : « ils n'ont pas seulement fait attention au malotru; et « Platon, qui était là, leur dit, avec une grande douceur « et sans s'émouvoir, de reprendre la définition ; et ils « continuèrent sur le même ton l. » Comme Antiphane et comme Aristophon , Épicrate n'est qu'un auditeur malin, s'égayant de la gravité puérile de quelques raisonneurs, et ne voyant dans leurs sophismes aucun danger pour l'esprit public ni pour la sécurité de l'État, mais seulement un travers en vogue et un thème inépuisable de plaisanterie.
Mais les philosophes pouvaient rire à leur tour de leurs railleurs : car, malgré la comédie, la direction de leurs
i Épicrate, Fab. Inc., I; Mein., Fr. Corn. Gr., III, p. 370. — L'élégance et la douceur de mœurs, qui prévalaient parmi les disciples de Platon, faisaient contraste avec la négligence et les manières des autres philosophes. Les poètes de la comédie moyenne n'ont pas oublié ce trait dans leurs peintures : dans son 'Avratoç, Antiphane avait écrit ce dialogue, la scène se passait hors de Grèce, et un étranger demandait à son ami : « Sais-tu qui peut être ce vieillard? « — Il saute aux yeux que c'est un Grec. Manteau blanc, belle tuniu que brune, petit chapeau mou, bâton élégamment porté et ba- « lancé.... Je crois voir l'Académie en personne! » (Mein., Fr. Corn. Gr., III, p. 17.) Voyez aussi le ]NTa*jay6: d'Ephippus : « Alors se lève « un jeune homme de ceux de l'Académie, ingénieux, sachant bien « dire des paroles bien méditées, les cheveux bien coupés, la barbe « bien étendue et vierge de tout outrage du rasoir, un pied gra- « cieusement appuyé sur le bas de l'autre jambe, bien pris dans la « sandale et dans les courroies régulièrement entre-croisées, la poi- « trine bien cuirassée d'un manteau bouffant, et élayant d'un bâton « la majesté de sa pose. » (Mein., Fr. Corn. Gr., III, p. 334.)
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études donnait partout aux esprits des habitudes nouvelles, et la comédie même n'échappait pas à leur influence. Ce n'est pas seulement de nos jours qu'il est arrivé aux critiques d'imiter ceux qu'ils attaquent. Déjà Aristophane s'était fait appeler par Gratinus « Euripidaristophane, ora- « leur élégant, subtil coureur de sentences1, » et luimême il avait avoué qu'il empruntait, au poète tragique dont il se moquait tant d'ailleurs, la finesse et l'harmonie de son langage2. Mais l'action des philosophes sur la comédie moyenne était à la fois plus importante et plus cachée, et portait sur le fond des choses, non sur le style. Les penseurs, qui avaient détrôné les politiques et leur avaient enlevé la meilleure part de l'attention populaire, n'avaient pas négligé la politique elle-même : ils l'avaient attirée à eux, l'avaient fait rentrer dans le cercle de leurs recherches et de leurs spéculations, et au moment même où on commençait à la pratiquer moins, elle était devenue une science. Athènes eut ses Montesquieu quand sa liberté déclina. Les diverses formes de gouvernement, les instincts et les ressources des différentes classes de la société, les rapports de l'État et des citoyens, les principes d'où les lois doivent découler, étaient de toutes parts le sujet d'analyses savantes, de théories et d'utopies sans nombre. En même temps, après le plus grand éclat de la littérature et des arts d'Athènes, était née la science des lettres et des
i Cratinus, Fab. hic, fr. CLV; Mein., Fr. Corn. Gr., II, p. 225. 2 Aristoph., fr. 397 (Dindorf).