‹ MénandreChapitre 45 sur 212 · LA SATIRE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

LA SATIRE PERSONNELLE

Denys l'ancien à Syracuse l. Mais elle n'était plus dirigée contre les favoris des Athéniens eux-mêmes et contre les chefs de l'État : ou, du moins, quand ceux-ci étaient encore attaqués, ce n'était plus leurs opinions, leur maniement des affaires, leurs tendances démocratiques ou aristocratiques que blâmait ou raillait le poète, mais seulement leurs mœurs privées, leurs façons de vivre, de parler ou de marcher. Malgré la formule générale qui défendait aux poètes comiques d'attaquer aucun citoyen directement et par son nom (av) xw^wôelv ôvojxacrTi), les lois laissaient à découvert le simple particulier; mais elles protégeaient l'homme politique. Un général débauché pouvait être attaqué comme débauché, non comme général; car le peuple d'Athènes, qui riait encore volontiers des vices ou des ridicules de ceux à qui il avait confié le soin de son repos, n'était plus disposé à permettre qu'on discutât sur la scène les actes de leur administration.

Aristote, avec ce génie d'observation exacte qu'il porte en tout, a noté lui-même la différence de la comédie ancienne et de la comédie moyenne, en ce qui regarde les personnes : « La plaisanterie n'est pas la même, » dit-il, « dans la bouche d'un honnête homme, d'un homme bien « élevé, et dans la bouche d'un homme dont l'âme est « basse et sans éducation. On y reconnaît la même diffé- « rence qu'entre les comédies d'autrefois et celles d'au-

i Eubulus, Aiovuato;; Mein., Hist. Crit. Corn. Gr., p. 361.

(( jourd'hui : autrefois les plaisanteries n'étaient qu'atta- « ques directes et sans mesure : aujourd'hui elles sont « bien plus discrètes et plus enveloppées !. » Et en effets Aristophane, Eupolis, Cratinus n'aimaient que les luttes face à face, et s'y jetaient avec un courage presque brutal. Ceux qu'ils se plaisent à mettre en scène, ce ne sont pas même les morts d'hier, ce sont les vivants et les puissants d'aujourd'hui; et si, ne se taisant pas devant la tombe à peine fermée d'Euripide, Aristophane a écrit les Grenouilles, c'est qu'il craignait encore que le poison ne fût resté là où la vie n'était plus. Plus timides ou plus polis, hommes de meilleure compagnie ou citoyens moins dévoués, les poètes de la comédie moyenne n'imitèrent pas la virulence de leurs prédécesseurs. Les fragments qui nous restent de leurs pièces sont encore pleins de noms propres; mais même dans les occasions où les noms et les faits dont ils parlent sont intimement liés aux intérêts publics et immédiats d'Athènes, on sent que leurs plaisanteries ne sont pas des hardiesses patriotiques, et qu'ils rient sans songer à s'indigner, à accuser, à conseiller. Ainsi Harpalus, fuyant la colère d'Alexandre, vient se réfugier à Athènes, et séduit à prix d'argent les principaux orateurs pour se concilier le peuple par leur entremise. Quel sujet de remontrances passionnées, si Aristophane et la liberté eussent encore vécu ! Voici tout ce que trouve à

i Aristot., Eth. Nicom,, IV, 14?

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