‹ MénandreChapitre 46 sur 212 · LA SATIRE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

LA SATIRE PERSONNELLE

dire le poëte Timoclès : o Démosthène a un présent de « cinquante talents. — Je l'en félicite s'il peut tout garder a pour lui. — Mceroclès a aussi reçu beaucoup d'or. — Le « donateur est stupide : le donataire est bien heureux. — « Démon et Callisthène ne sont pas non plus sans avoir « pris leur part. — Ils étaient pauvres, je leur pardonne. « — Et Hypéride, l'éloquent Hypéride, y a gagné comme « les autres. — Ce sont nos marchands de poisson qui y « gagnent : comme il va les enrichir ! Il aime tant le pois- « son, qu'auprès de lui les mouettes ne sont que des « Syriens J . » La raillerie est innocente , la tolérance est grande. « Où retrouverons-nous, » aurait pu s'écrier alors un Juvénal, « où retrouverons-nous la franchise ancienne, « dont j'ose à peine aujourd'hui prononcer seulement le « nom, et ce courage qu'avaient nos pères d'écrire tout ce « qui plaisait à leur esprit bouillant * ? » Les poètes de la comédie moyenne avaient la même ressource que Juvénal : obligés d'omettre ou de ménager leurs contemporains trop redoutables, ils mettaient en scène les morts3. Pour se moquer des prétentions que les prêtres subalternes et les

i Timoclès, Ar,),o:; Mein., Fr. Com.Gr., III, p. 591. Les Syriens ne mangeaient pas de poisson. Cfr. Ménandre, AEva'.oxCy.ojv, fr. IV; Mein., Fr. Corn. Cr., IV, p. 102.

2 Juvénal, Sat., I, loi :

.... illapriorum Scrilendi quodcumque animo flagrante liberet Simplicitas, cujus non audeo dicere nomen !

3 Juvénal, Sat., I, 170:

.... Experiar guid concedatur in iîlos Quorum Flaminiâ tegitur cinis atque Laiind.

devins étalaient plus arrogamment de jour en jour, Antiphane ressuscitait un homme nommé Lampon , qui avait vécu du temps de Périclès 1 ; ou bien c'était Timon le misanthrope 2 qu'il choisissait pour but de ses coups détournés, et, pendant la guerre du Péloponnèse, Timon vivant avait ressenti, d'Aristophane, de tout autres attaques 3. Si Timon nourrissait véritablement contre les hommes cette âpre haine qu'on lui attribue, sans doute il aima Aristophane, qui malmenait si rudement les Athéniens ; et s'il la conserva jusque dans le tombeau, il méprisa sans doute Antiphane, qui devait lui sembler lâche quand il amortissait ainsi ses satires.

Ce qu'il y- a de remarquable dans la comédie moyenne, c'est la multiplicité et la variété des sujets. Venus à une époque de transition, et ayant eu pour tâche d'amuser Athènes au milieu de ses vicissitudes depuis la fin de la guerre du Péloponnèse jusqu'à la bataille deChéronée, environ, ils ne purent asseoir leur art sur une base unique et large. Aussi s'appliquèrent-ils à suivre, dans tous leurs détours et dans tous leurs détails, les goûts, les plaisirs, les pensées, les caprices de leur temps; et bien que nous ne puissions les juger que d'après des fragments, nous ne saurions dire combien de verve et d'invention ils prodiguent, quel merveilleux parti ils tirent de la moindre

i Mein., Fr. Corn. Gr., II, p. 42; Hist. Crit. Corn. Gr., p. 275.

2 Mein., Hist. Crit. Corn. Gr., p. 275 et 327.

3 Plutarque, Vit. Anton., 79, p. 114.

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