LES COMEDIES
occasion, comment d'un rien ils font un genre à part, et de quel éclat brillent encore les débris de leurs œuvres, miroir mobile où se reflétaient en se grossissant toutes les faces et jusqu'aux plus petites facettes de l'esprit athénien, tel qu'il était alors. De là les singularités de leur théâtre. Rien n'est plus bizarre peut-être dans l'histoire littéraire que ces comédies d'énigmes que Cratinus avait essayées le premier 4, et que les poètes de la comédie moyenne ont tenues en particulière estime. Les Grecs eurent de tout temps l'esprit subtil et délié : une partie de la fable d'OEdipe et certains côtés du caractère d'Ulysse prouvent qu'il en était ainsi déjà longtemps avant le siècle des sophistes. Les Athéniens surtout, gais et recherchant tout ce qui pouvait exercer l'adresse de leur intelligence, se proposaient souvent des énigmes durant les repas'. Mais cet amusement devint une manie, qui fut à la fois satisfaite et raillée finement dans plusieurs pièces d'Antiphane, d'Eubulus et d'Alexis 3. Les auditeurs d'Antiphane avaient sans doute une grande habitude de ces jeux d'esprit difficiles, s'ils pouvaient, nous ne disons pas résoudre d'avance, mais seulement suivre au vol un dialogue tel que celui-ci : « Sapho. Ce que tu dois deviner est du genre fé-
» Mein.,flisf. Crit. Corn, Gr., p. 277.
s Les convives qui n'avaient pas deviné les énigmes subissaient un singulier châtiment : on jetait de la saumure dans leur vin, et ils étaient tenus de boire, sans reprendre baleine, la coupe tout entière. (Athénée, X, sect. 88, p. 438, f. ; Mein., Fr. Corn. Gr., III, p. 4L)
3 Athénée, X, sect. 72, p. 450, c; sect. 71, p. 449, d, e.