LES COMEDIES
obscures et limitées pouvaient-elles suffire à fournir des pièces entières » comme les Cléobulines 1 de Gratinus et d'Alexis? C'est là un tour de force que ces esprits heureux savaient accomplir, mais dont nous ne saurions maintenant deviner le secret.
Mais voici un autre sujet, souvent exploité parles poètes de la comédie moyenne , et dont on comprend plus aisément la fécondité et la faveur : la mythologie, particulièrement la naissance des dieux et l'histoire des temps héroïques. Depuis Socrate on avait parlé d'un dieu nouveau : entre les progrès de la philosophie et ceux du scepticisme, l'ancien Olympe perdait tout son prestige. La comédie ancienne en avait ri , mais sans insister et seulement par épisodes. La comédie moyenne n'épargna pas une seule de ces fables qui ne pouvaient plus être une religion. Les Muses, inspiratrices de tous les poètes;
cour encore bien barbare de Charlemagne, les énigmes semblent avoir été aussi en faveur que parmi les beaux esprits extrêmement civilisés d'Athènes. Dans une disputatio ou conversation entre Alcuin et Pépin, second fils de Charlemagne, on trouve un passage qui ressemble singulièrement et à l'énigme d'Antiphaneque nous venons de citer, et aux sophismes sur l'être et le non-être rapportés plus haut (p. 121). « Alcuin: Qu'est-ce qui est et n'est pas en même temps? « —Pépin: Le néant.— A. : Comment peut-il être et ne pas être? « —P. : Il est de nom, et n'est pas de fait.— A. : Qu'est-ce qu'un « messager muet ? — P.: Celui que je tiens à la main. — A.: Que « tiens-tu à la main?— P. ; Ma lettre. » (Histoire de la Civilisation en France, par M. Guizot, vol. H, p. 194.)
i Comédies ainsi nommées du nom de Cléobuline, femme célèbre pour ses énigmes ingénieuses (Mein., Hist. Crit. Corn. Gr., p. 277).