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PREMIÈRE ÉPOQUE I

valu l'amitié de Démétiïus de Phalère ' : plus tard il leur dut tout au moins sa liberté, quand un autre Démétrius, celui qui reçut le surnom de Poliorcète, vint à Athènes s'emparer à son tour de la toute-puissance 2. Mais malgré tant de preuves flatteuses réunies pour montrer à Ménandre que la conscience de son talent ne l'avait pas trompé et que l'atticisme n'avait pas à Athènes ses plus fins appréciateurs, il fut sans doute plus fier encore de l'hommage que lui rendit le roi d'Egypte, Ptolémée, fils de Lagus.

A cette époque le goût passionné et le sentiment juste des beautés littéraires se répandaient rapidement, et cherchaient de nouvelles patries. Une nouvelle ère s'ouvrait pour l'esprit grec. Son histoire antérieure se partageait déjà en deux périodes distinctes : Alexandre en avait préparé une troisième. Longtemps, d'abord, la Grèce n'avait eu ni unité ni centre. Il n'y avait point alors une nation grecque3, mais des races plus diverses encore d'instincts

i Phèdre, Fables, VI, 1 .

2 En l'an 307 av. J. G. Diogène Laërce, l. V, c. v, secl. vin, p. 79 et 80.— Suidas, t. Il, p. 492.

3 Voir, sur le morcellement de la Grèce primitive, les premiers chapitres de Thucydide, qui sont peut-être ce que l'antiquité a de plus beau comme vaste exposé d'histoire critique et politique. Pour trouver un nom commun donné aux différents peuples de ces anciens temps, il faut descendre jusqu'à Apollonius de Rhodes, qui attribue ce singulier anachronisme à la foule assemblée pour voir partir Jason :

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Argon., I. 243.

que d'origine, qui s'entre-croisaient, mais ne s'unissaient pas, et qui formaient pour ainsi dire un réseau sans nœuds. De même il n'y avait point une littérature grecque, mais chaque race cultivait son genre de poésie ou d'études : à la variété des dialectes répondait une variété non moins frappante d'aptitudes et de goûts ; à mesure que ces peuples s'établissaient sur le sol ou dans le voisinage de la Grèce, à mesure que les États se partageaient le territoire et se limitaient les uns les autres, ils créaient, chacun selon ses besoins, à son image et pour son compte, une forme nouvelle qui pût satisfaire et représenter la tournure de leur esprit ou la nature de leurs sentiments : si bien que la littérature grecque primitive a comme une géographie, dont on pourrait dresser la carte et colorier les divisions. Et ce n'était pas seulement des races entières et des États puissants qui se personnifiaient ainsi dans tel ou tel genre d'inspiration ou de travaux : plus d'un exemple nous revient en mémoire d'une ville enfantant à elle seule et nommant de son nom propre une école particulière d'écrivains. L'épopée appartient aux Ioniens 1 ; et

Homère a bien employé le mot IïavsXtaivs;, mais voici comment : 'Ey^siTr) §' èxéxacro IlavéXXYjvaç %al 'A/aiouç.

{Iliade, II, 530.) « Par son habileté à manier la lance, il (Ajax, fils d'Oïlée) sura passait tous les Hellènes et tous les Achéens. » Le nom des Achéens finissant le vers prouve bien que naveXXyivsç ne veut pas dire tous les Grecs, mais seulement l'ensemble de la race dispersée des Hellènes, descendants deDeucalion (Thucydide, I, 3).

i Quand l'épopée eut atteint sa perfection, a Chio et à Samos

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