‹ MénandreChapitre 6 sur 212 · PREMIÈRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉPOQUE

tandis que la race ionienne développait dans l'Iliade et dans l'Odyssée la plus vigoureuse floraison de son génie heureux, large et facile, Hésiode créait une autre poésie, aussi bien adaptée à la condition et aux tendances d'un peuple tout différent. Les Béotiens , nation forte et dure au travail, peu faite aux impressions vives ou aux aspirations orgueilleuses, étroitement attachée aux intérêts présents et à la vie commune, n'étaient pas nés pour cette abondance d'images et de pensées, pour ce luxe d'inventions, de détails et d'aventures qui distinguaient leurs brillants contemporains des colonies asiatiques : aussi Hésiode , qui se représente lui-même comme un simple berger chargé d'une mission par les Muses l, donna aux Béotiens une poésie austère et pratique, didactique et religieuse, travaillant tantôt à faire rentrer dans un système régulier de théogonie les dieux et leurs char-

naquirent et se perpétuèrent deux familles ou plutôt deux académies qui prirent le nom d'Homérides et qui se consacrèrent à imiter et à propager les œuvres du grand poêle; on retrouve leurs traces jusque vers i'an 500 avant .T. G.; curieux exemple de la longue persistance des études spéciales et locales. Il ne faut pas oublier que Chio et Samos se disputaient l'honneur d'avoir donné le jour à Homère, et on peut croire que chacune de ces deux villes espérait se l'approprier en se consacrant à lui, et prouver ses droits par son zèle. — Déjà, du temps de Pindare, c'est-à-dire tout à fait à la fin de la période qui nous occupe en ce moment, le sens du mot eO(j.vipiôat change et embrasse tous les rhapsodes ; dans Platon, il s'étend encore à tous les admirateurs d'Homère (Pindare, Néméennes, II, I.— Platon, Rép%, 599, E. Phèdre. 255, B). i Hésiode, Théogonie, 22 et 23, 26-28.

mantes histoires sans fin, tantôt à améliorer la science populaire des champs, tantôt à répandre la moralité dans les familles et la sagesse dans l'Etat, toujours à ennoblir les labeurs de la destinée humaine et à en faire accepter les souffrances. On peut retrouver ainsi une à une toutes les racines de la littérature grecque. L'ïambe satirique vient de Paros ls la comédie naît à Mégare 2, la tragédie à Athènes %, l'histoire et la philosophie à Milet, qui en garde le monopole pendant plusieurs générations 4 ; et quand la philosophie paraît sur d'autres points, ce n'est pas que l'école de Milet se propage, ce sont d'autres écoles, locales elles-mêmes, qui ouvrent à leur tour des voies nouvelles 5.

Page 1