‹ MénandreChapitre 51 sur 212 · ÉTAT D'ATHENES · texte numérisé non relu

ÉTAT D'ATHENES

impossible que l'étude des caractères et des passions ne tint pas quelque place; mais il était impossible aussi qu'elle se développât librement et fût cultivée avec soin. Les poètes de la comédie nouvelle démêlèrent les éléments un peu confus que leurs prédécesseurs avaient mis en œuvre, rejetèrent les uns et ramenèrent les autres à l'unité d'un genre plus nettement conçu : la peinture des passions et des caractères. Plus de comédies d'énigmes ou de critique littéraire; peu de comédies mythologiques ou héroïques : partout l'homme lui-même et la vie privée. Les affaires publiques étaient quelquefois effleurées, mais seulement en passant et par quelques remarques générales. Diphile écrivait dans sa pièce du Mariage : « Ce sont les « flatteurs qui perdent les chefs des armées et des gouvera nements; ils conduisent à la ruine leurs amis et leur « patrie; et, de notre temps, je ne sais quelle peste s'est « glissée dans les foules : le désordre a atteint nos tribu- « naux mêmes, et la justice en est chassée par la faveur ' . » Ce n'est pas là de la satire politique, et nous en retrouvons autant dans Molière : Alceste est même plus vif contre les complaisants de cour, et, sans parler des Plaideurs de Racine, Scapin ménage encore moins que Diphile les tribunaux de son temps 2 : dirons-nous cependant que le Misanthrope et les Fourberies de Scapin soient autre chose que des comédies d'intrigue et de mœurs?

1 Diphilus, rauo?, fr. ï; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 383.

2 Acle IH, scène vin.

AU TEMPS DE LA COMÉDIE NOUVELLE. J !,r>

Ce genre de comédie devint le seul possible du temps de Ménandre et de Philémon. Le peuple Athénien était plus heureux, mais moins libre encore, après la bataille de Chéronée, et surtout après la guerre de Lamia, qu'après la guerre du Péloponèse. Alexandre avait achevé l'œuvre de Philippe, et Antipater avait consolidé ce qu'Alexandre avait fait. Un gouvernement aristocratique, appuyé par une garnison Macédonienne, avait de nouveau remplacé dans Athènes le gouvernement de la démocratie. La nation tout entière se résigna et porta ailleurs les forces qu'elle avait autrefois mises au service de sa gloire et de son ambition. Le commerce et les finances furent bientôt aussi prospères que sous Périclès; la population augmentait de jour en jour, et les citoyens s'enrichissaient en même temps que l'État1; sous Démétrius Poliorcète la flotte Athénienne était encore nombreuse ; mais les Athéniens avaient entièrement perdu leur ancien esprit de hardiesse et de domination : entre le peuple de cette époque et le peuple du temps de Cimon, la différence était la même qu'entre un homme dans la maturité de l'âge, aussi énergique par son âme que vigoureux de corps, et un vieillard encore robuste, mais comme fatigué par le repos, d'entrepreneur audacieux devenu bon administrateur de ses biens, plein d'amour pour la vie et d'indul-

i Recensement de Démétrius de Phalère, 317 av. J. C; Clesiclès, apud AthenseunijVI, sect. 103, p. 272 b,

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