‹ MénandreChapitre 52 sur 212 · RÉSUME · texte numérisé non relu

RÉSUME

gence pour lui-même, et consolé par une gaîté tempérée de n'avoir plus l'entrain de sa jeunesse.

Ainsi, même en ne considérant, dans ce qui nous reste de la comédie Grecque, que les sujets choisis et le but poursuivi par les différents poètes qui s'y sont illustrés, nous avons trouvé trois écoles successives et distinctes. Avant d'étudier une autre face de cette curieuse histoire , nous voudrions résumer le caractère de chacune de ses périodes au point de vue où nous sommes placés en ce moment. On a dit quelquefois que, pour les poètes de la comédie ancienne , le théâtre était une seconde tribune, rivale de la tribune de l'Agora. Il serait plus vrai , selon nous, de comparer la comédie ancienne à cette autre puissance des temps modernes, la presse. Les pièces d'Aristophane et de Cratinus étaient comme d'immenses journaux paraissant à longs intervalles. Nous cherchons ici à nous abstraire et de la forme de leurs conceptions, qui est la forme dramatique, et de la tournure de leur esprit, qui est plus que comique et va jusqu'au bouffon; si leurs comédies nous semblent les journaux d'Athènes, c'est seulement par leurs sujets et par leur but. La presse est l'organe de la vie publique dans les sociétés libres, et l'encyclopédie polémique du présent. Tout ce qui touche à la vie publique est de son domaine, et à ce titre elle s'occupe non-seulement des intérêts de l'État et des actes du gouvernement, mais encore des livres qui se répandent, des théâtres qui attirent la foule, de l'éducation qui prépare

les générations nouvelles, des arts qui ne sauraient se corrompre eux-mêmes sans semer la corruption autour d'eux, des mœurs et de leurs variations, des sciences et de la religion même, en un mot de tous les faits et de toutes les idées qui appartiennent au public, qui ont place dans sa vie commune et peuvent avoir influence sur lui. Et tous ces faits, toutes ces idées dont la presse s'empare pour les exposer aux regards de tous, elle ne se borne pas à les enregistrer, elle les discute en même temps qu'elle les signale, elle blâme ou approuve, elle prend rang et parti dans cette revue des intérêts communs, elle est l'organe le plus souple et le plus actif de l'opinion de chacun sur les affaires de tous. Mais la presse ne discute pas pour le seul plaisir de l'esprit : chacune de ses voix parle pour le triomphe de certaines idées ; elle a un but pratique, elle est un atelier toujours ouvert d'opinions et de propositions qu'elle cherche à propager parmi ceux qui décident et qui agissent. Soit qu'elle critique enfin, soit qu'elle conseille, elle s'adresse toujours au présent; elle y puise et y ramène toutes ses forces; là est sa source, là est son but; elle n'emprunte au passé et n'anticipe sur l'avenir que selon le besoin et pour l'enseignement d'aujourd'hui. Telle était aussi de tout point la comédie ancienne. Ce qu'elle avait de plus, c'était un excès de liberté dont il n'est plus d'exemple et que nous pouvons même à peine nous figurer. Mais la différence des sociétés et des mœurs une fois admise, la comédie ancienne jouait à Athènes le rôle que

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