RÉSUMÉ
la presse joue dans le monde moderne. La vie publique tout entière, et le présent seul, voilà son domaine et son sujet; la critique universelle, voilà son esprit; le conseil pratique adressé tout haut à qui veut ^entendre, voilà son véritable but , à travers la gaîté désordonnée qui semble en distraire et en éloigner. Les pièces d'Aristophane étaient ce qu'un journal aurait été dans ce temps-là : l'organe de la vie publique dans une société où toutes les libertés allaient jusqu'à la licence, et l'encyclopédie polémique du présent dans un temps où la guerre était partout.
Forcés de chercher à leur art un autre champ que celui de leurs prédécesseurs, les poètes de la comédie moyenne ne pénétrèrent cependant pas encore dans l'intérieur des familles ni au fond du cœur de l'homme. Ils ne prirent leurs sujets ni dans la vie publique de la nation Athénienne, comme avant eux Aristophane, ni dans la vie privée de tout citoyen , comme plus tard Ménandre. Ils eurent pour domaine ce que nous appellerions volontiers la vie en public. La vie publique proprement dite, c'est ce que fait ou souffre le peuple entier comme peuple. La vie en public, c'est ce qui se passe sous les yeux et au su de tous, mais par le simple fait d'un ou de quelques citoyens , sans que tous y paraissent intéressés ni en semblent responsables : l'une et l'autre étaient confondues dans les vastes tableaux d'Aristophane, qui rapportait et rattachait tout à la vie publique. La vie en
public seule fut exploitée par les poètes de la comédie moyenne. Ce sont souvent les mêmes hommes et les mêmes choses qu'au temps d'Aristophane, mais au milieu d'un autre état de société et considérés sous un nouvel aspect, non plus parce qu'ils sont puissants et peuvent être malfaisants, mais parce qu'ils sont en vue et prêtent à rire. Un sophiste qui met l'intelligence à la poursuite du paradoxe et la logique au service du mensonge, un auteur de tragédies qui décrit complaisamment les passions et en adoucit le venin, peuvent certainement faire des ravages dans l'État. Mais c'était l'affaire d'Aristophane, ce n'est plus celle d'Antiphane, d'Épicrate et d'Eubulus. La comédie moyenne met en scène les sophistes et les poètes, parce qu'ils parlent haut et parce que tout le monde parle d'eux , parce qu'ils font des songes creux et parce qu'ils abusent des périphrases, ce qui est de notoriété publique, non parce qu'elle les soupçonne de conspirer en faveur de l'athéisme et de répandre l'adultère. Une courtisane qui prêche d'exemple le plaisir sans frein peut faire des ravages dans les âmes des jeunes gens faibles et désoler les familles. Mais ce sera l'affaire de Ménandre, ce n'est pas encore celle d'Antiphane, d'Épicrate et d'Eubulus. La comédie moyenne met en scène les courtisanes, parce qu'elles se montrent, parce que leur luxe et leurs désordres frappent sans cesse les regards et les oreilles des passants, parce que d'un riche elles font un mendiant, ce qui arrive au grand jour et est visible à tous, non parce