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que d'un adolescent honnête et pur elles font un débauché asservi à ses vices, ruiné de tout sentiment noble et de toute haute pensée, ce qui se passe dans le secret de l'âme et n'éclate qu'aux yeux des moralistes. Satisfaite de se tenir au courant de ce qui fait l'entretien et l'amusement de la ville, et de prendre toutes choses telles qu'elles se montrent et telles que le peuple les connaît, pour en faire des peintures gaies, non pour pénétrer au loin dans leur influence politique ou morale, la comédie moyenne avait perdu tout esprit polémique et tout but pratique, en même temps qu'elle avait cessé d'avoir la vie publique pour sujet. Aristophane avait poussé l'esprit de parti, qui ne devrait jamais être que l'esprit de suite, jusqu'à la partialité. Les poètes de la comédie moyenne n'étant plus passionnés pour les intérêts d'aucun parti ni de la patrie même, portèrent l'impartialité jusqu'à l'indifférence, et uniquement envieux de plaisanter et d'amuser, ne furent pas plus moralistes que journalistes. Antiphane fut le satirique indulgent de la vie en public, au milieu d'une génération qui regardai t faire , causait et laissait passer.
Être des moralistes et peindre la vie privée, étudier l'âme humaine en elle-même et dans l'intimité où elle se montre le plus librement et le plus à nu, telle fut l'originalité et la gloire des poètes de la comédie nouvelle. Qu'il nous suffise de le dire ici, sans nous étendre davantage; toute la suite de notre travail le prouvera. C'est d'ailleurs un
LA COMÉDIE JNOUVELLE. 151
genre de comédie qui n'a pas besoin d'être expliqué pour être compris : il vit encore et se perpétue sur le théâtre moderne. Aristophane et Antiphane nous dépaysent; leur art dramatique n'est plus le nôtre; leur verve , et cette même curiosité qui fait les voyageurs,, nous entraînent dans le monde étranger où ils vivent ; mais on n'y peut pénétrer qu'en se faisant leur concitoyen. Ménandre, au contraire, semble venir à nous de lui-même; il nous appartient en quelque sorte; nous l'abordons et pouvons causer avec lui plus familièrement, parce que son art est plus voisin de l'art français; et, pour tout dire, si nous pouvions, comme Fénelon, ressusciter les morts illustres et les engager dans de longs entretiens où ils se jugent les uns les autres, si nous mettions en face Aristophane, Antiphane, Ménandre et Molière, nous chercherions à représenter, dans ce dialogue que nous supposons, les trois poètes grecs reconnaissant avec un égal respect le génie de notre poëte; mais Aristophane et Antiphane auraient besoin de se faire expliquer la société que peint Molière, et de leurs propres comédies, de leur genre à eux, ils ne pourraient s'empêcher de regretter bien des choses; Ménandre entrerait tout de suite dans l'intelligence de la vie de Chrysale, d'Argan et d'Harpagon , et il ne trouverait qu'à admirer et à envier.