CHAPITRE IV
DE LA CONCEPTION DU DRAME, ET DU PLAN AUX TROIS AGES DE LA COMÉDIE GRECQUE.
L'art dramatique a besoin à la fois de vérité et de fiction : il faut que le poëte imite et invente. S'il ne fait qu'inventer, son œuvre nous semblera fausse : tirée tout entière de son esprit seul, elle ne répondra à aucune connaissance ni à aucune conception du nôtre, et, ne pouvant la contrôler, nous la condamnerons : car les tribunaux littéraires procèdent au rebours des tribunaux juridiques, et tandis que ceux-ci acquittent faute de preuves, pour ceux-là l'absence de tout dossier est un crime sans rémission. Mais, si le poëte ne fait qu'imiter, son œuvre nous semblera inutile : tirée tout entière de la réalité seule et telle que nous l'avons continuellement sous les yeux, elle n'excitera pas notre curiosité et n'ajoutera rien à notre propre fond. Il ne faut pas que le poëte se borne à nous transmettre ce qu'il emprunte à la nature : il faut qu'il nous donne aussi quelque chose de lui-même, et traduise par ses impressions ce qu'il cite de mémoire.