DE LA VÉRITÉ
Ce sont là des principes communs à tous les arts, et qui régissent toutes les parties de chaque art. Ainsi une pièce de théâtre ne nous semble complète et ne nous intéresse que si elle s'accorde avec notre propre expérience et la dépasse en même temps. Nous voulons y reconnaître quelques-unes des vérités que nous avons déjà observées par nous-mêmes, et nous demandons à l'imagination du poëte ce que nous-mêmes nous ne saurions trouver : une fiction qui vienne en aide à*la vérité et qui la mette en vue, comme un cadre fait ressortir un tableau.
Mais une fois qu'il a accepté cette double loi, l'auteur est libre : pourvu qu'il mette en œuvre la vérité et la fiction, il peut les comprendre à sa manière et les combiner à son gré. Comme il n'y a, dans les choses humaines, rien d'absolu, si ce n'est cette règle éternelle et pratique que rien n'est absolu dans les choses humaines, il n'y a pas une méthode unique et rigoureuse de mêler l'invention et l'imitation. L'art n'admet pas de loi qui lui prescrive à quel degré d'exactitude doivent s'arrêter ses copies, ni à quel point de hardiesse ses créations doivent s'arrêter. Sa richesse et sa variété sont, au contraire, inépuisables, parce qu'il dispose à la fois de deux éléments dont il peut, de jour en jour, creuser l'un plus profondément et étendre l'autre à son gré; et toutes les manières d'en disposer sont bonnes, pourvu que dans aucune l'un ne soit sacrifié à l'autre, pourvu que le plaisir d'inventer ne fasse pas perdre de vue le devoir d'observer, pourvu