ET DE LA FICTION
que les scrupules de l'observateur ne glacent pas la fécondité du créateur. C'est, pour ainsi dire, une question d'équilibre, et la poésie peut risquer d'autant plus de fictions qu'elle s'attache plus étroitement à la vérité, comme un arbre s'élance selon qu'il enfonce ses racines. Les Grecs, avec leur merveilleux instinct de l'harmonie, laquelle était le don de leur race, et dont ils trouvaient le meilleur exemple dans la nature même qui les entourait et dans les lignes de leurs montagnes, — parfaites et ménagées comme les lignes de leur architecture, disent les heureux qui ont vu la Grèce,— les Grecs ont su concilier de bien des façons diverses ces deux données premières de toute œuvre poétique, la vérité et la fiction, contraires en apparence, mais nécessaires l'une à l'autre, et ne pouvant que par leur alliance satisfaire tous les besoins du génie et accomplir des chefs-d'œuvre. Même à n'étudier que ce champ limité de la comédie Athénienne, dans ses trois genres, on peut comprendre comment se déplacent en se suivant toujours, et se métamorphosent en s'entre-croisant par de nouveaux nœuds, l'imagination et l'observation; et comment, grâce à ces changements successifs, les grands écrivains peuvent en même temps obéir aux instincts de leur propre esprit, prendre conseil et tenir compte des préférences de leurs contemporains, et rester fidèles aux principes éternels de leur art.
La comédie ancienne employait avec une égale audace la vérité qu'elle allait chercher partout, même parmi les